Les associations militantes, en particulier celles engagées dans la défense de l’écologie, sont souvent perçues comme des espaces d’idéalisme, de solidarité et de lutte collective. Pourtant, derrière cette image se cachent des réalités plus complexes.
Associations militantes et écologistes : un terrain exposé aux conflits
Les associations militantes, en particulier celles engagées dans la défense de l’écologie, sont souvent perçues comme des espaces d’idéalisme, de solidarité et de lutte collective. Pourtant, derrière cette image se cachent des réalités plus complexes : des tensions internes,parfois sur la vision et la mission, et une exposition accrue à des pressions externes. Ces dynamiques, transforment ces organisations en des terrains particulièrement fertiles pour les conflits.
Au sein des associations militantes, l’idéal d’une organisation horizontale, où chaque voix compte et où les décisions sont prises collectivement, est souvent brandi comme une valeur fondamentale. Pourtant, cet idéal peut se transformer en une source de pression, voire en un déni des réalités sociales. La quête d’un « nous » unifié, où les différences s’effaceraient au profit d’une cause commune, ignore trop souvent les oppressions systémiques qui traversent la société – et donc, les groupes militants.
Le mythe de l’horizontalité et la pression du « nous »
Cette vision idéalisée, qui ne prend pas en compte les différences et les privilèges, peut mener à une forme d’exclusion des individus dont les expériences ou les opinions divergent. Parallèlement, le mythe de la « pureté militante », qui exige une adhésion totale à une ligne radicale, peut aussi marginaliser celles et ceux qui ne s’y conforment pas. Or, les différences – qu’elles soient liées au genre, à la classe sociale, à l’origine ethnique ou à d’autres facteurs – ne disparaissent pas parce qu’on milite pour une même cause. Elles doivent être reconnues et prises en compte pour éviter que les tensions ne s’aggravent.
Souvent le conflit est perçu comme une menace pour l’unité du groupe. Plutôt que de l’affronter, on préfère l’éviter, par peur de briser la dynamique collective. Pourtant, cette stratégie a un coût : elle peut conduire à des situations de burn-out, où des militant·es, épuisé·es par le poids des non-dits et des tensions non résolues, finissent par partir. L’effacement de soi, le fait de se taire ou de se mettre en retrait pour préserver l’harmonie apparente, est une forme de violence insidieuse, qui mine la santé mentale des individus et la cohésion du collectif.
L’évitement des conflits : un terreau pour les burn-outs et les exclusions
Savoir « conflictualiser » de manière constructive, c’est-à-dire créer un espace où les désaccords peuvent s’exprimer sans menacer la structure du groupe, est donc essentiel. Cela passe par l’instauration d’une culture du soin au sein de l’organisation : un cadre où les tensions sont reconnues, où les différences sont acceptées, et où les conflits sont gérés comme des opportunités de progression plutôt que comme des échecs.
Les associations engagées dans la défense de l’écologie, comme le Mouvement Colibris, ne sont pas seulement confrontées à des défis internes. Elles peuvent subir également une pression croissante de la part de l’État, qui s’appuie sur un arsenal législatif de plus en plus restrictif. Comme le révèle Émilie Petit dans son livre « Militants écologistes sous haute surveillance », les lois antiterroristes, initialement conçues pour lutter contre des menaces graves, sont désormais détournées pour cibler des militant·es écologistes engagé·es dans des actions de désobéissance civile non violentes.
Un arsenal législatif détourné
Depuis les attentats du Bataclan en 2015 et le mouvement des Gilets jaunes en 2020, l’État a renforcé son dispositif législatif pour encadrer – voire réprimer – les mouvements sociaux. Des lois comme celle dite « de Ganay », visant à punir les intrusions sur les centrales nucléaires, ou encore les reconductions de l’état d’urgence, ont été utilisées pour ficher, perquisitionner, ou assigner à résidence des militant·es écologistes. Des citoyen·nes ordinaires, se sont retrouvé·es fichés S après avoir participé à une seule action de désobéissance civile. Leur engagement se transforme en un parcours du combattant judiciaire.
Un climat de méfiance et de stigmatisation
Les militant·es interrogé·es par Émilie Petit décrivent un climat de stigmatisation et de surveillance accrue. Beaucoup, craignant des représailles, préfèrent garder l’anonymat. Les avocat·es, les magistrat·es et même les policier·es interrogé·es dans le cadre de son enquête confirment cette tendance : les actions de désobéissance civile sont désormais perçues comme une menace à l’ordre public, justifiant une réponse répressive disproportionnée.
" Les actions de désobéissance civile sont désormais perçues comme une menace à l’ordre public, justifiant une réponse répressive disproportionnée. "
Pourtant, comme le souligne la journaliste, certain·es magistrat·es reconnaissent la légitimité des actions menées par les militant·es écologistes. L’état de nécessité, un concept juridique permettant de justifier des actes illégaux si ceux-ci visent à éviter un mal plus grand (comme la catastrophe climatique), est parfois invoqué – mais trop rarement – par les avocats pour défendre leurs client·es.
La dissolution des collectifs : un symbole inquiétant
Le 21 juin 2023, le Conseil des ministres avait validé la dissolution du collectif « Soulèvements de la Terre ». Décision par la suite invalidée par le Conseil d’État. Si nous condamnons le recours à la violence, on peut s’inquiéter de la criminalisation croissante des militant·es écologistes et de l’utilisation de moyens anti-terroristes pour museler des associations de défense de l’environnement.
Cette dissolution s’inscrit d’ailleurs dans une tendance plus large : celle d’un rétrécissement des libertés associatives. Le contrat d’engagement républicain, présenté comme un outil de lutte contre les séparatismes, a été utilisé à plusieurs reprises contre des associations écologistes. Comme pour le Village des Alternatives, dans la Vienne, même si dans ce cas la justice a inversé la décision du préfet. De même, des amendements débattus à l’Assemblée nationale ou au Sénat visent explicitement à limiter l’action des militant·es environnementaux.
Face à ces défis, internes et externes, les associations militantes doivent repenser leur fonctionnement. Leur capacité à transformer les tensions en opportunités de progression, et à défendre collectivement l’espace démocratique, sera déterminante pour l’avenir de ces mouvements. Plusieurs pistes peuvent être explorées et c’est tout l’objet de notre lettre sur les conflits.
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