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La banlieue parisienne peut-elle basculer ? Des collectifs s’organisent dans le nord de l’Essonne



Les territoires sont riches de nombreuses initiatives remarquables. Mais leur multiplication, si elle est nécessaire, ne peut suffire. Les obstacles au changement d’échelle existent, il est important de les identifier. La transformation doit être systémique, politique, et prendre en considération l’ensemble des parties prenantes : les élu·es, le tissus associatif, les entreprises, et surtout les personnes qui y vivent !

C’est tout l’objet de notre projet « Territoires d’Expérimentations », que nous menons en partenariat avec dix organisations nationales, dont le Collectif pour une Transition citoyenne (CTC), ATD Quart-Monde, Emmaüs, Attac, l'Avise, Transition France, ou encore Terre de liens.

Parmi les territoires faisant partie de cette expérimentation : le nord du département de l’Essonne, en Île-de-France.


La première journée de travail en Nord-Essonne s’est tenue le 14 mai dernier. Elle était organisée avec Territoires en liens, "collectif des initiatives de transition écologique et citoyenne du nord-est de l'Essonne". Ce collectif est soutenu par le Boost écocitoyen, qui lui offre les services d’un chargé de mission pendant trois ans (voir notre encadré).

Les participant·es étaient une quarantaine, actrices et acteurs engagés dans la transition, élu·es, agent·es, habitant·es, réunis dans la belle salle des mariages de la ville d’Épinay-sous-Sénart. Ils ont partagé leurs constats des enjeux du territoire, de la richesse des initiatives locales, des freins qu’il pouvait y avoir à la transition.

Le Boost écocitoyen, c’est quoi ?

Regroupant l’Ademe, Alternatiba, Colibris, Bleu Blanc Zèbre, Astérya, et Transition Paris IdF, le Boost écocitoyen est un programme expérimental sur trois ans qui a pour objectif de développer et accompagner les initiatives citoyennes de transition écologique et sociale à l'échelle d'un territoire pour les densifier et les pérenniser. Il veut aussi produire des connaissances sur la transition écologique et la résilience locale : leviers d'action, indicateurs et méthodologie.

Les chargé·es de mission de ce projet ont accompagné plus de 300 projets. Pour se déployer sur d’autres territoires, Le Boost a lancé il y a quelques jours une campagne de financement participatif. Nous vous invitons à y participer !

En savoir plus sur le Boost

Un territoire confronté à d’énormes défis 

Sur le territoire de l’Essonne, se retrouvent les enjeux rencontrés à d’autres endroits : limiter les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter au changement climatique, préserver les ressources naturelles, gérer ses déchets, garantir son approvisionnement alimentaire, garantir l’accès aux soins, à l’éducation, à un logement, à un travail...

Le département de l’Essonne se situant en banlieue parisienne, il présente toutefois des particularités, que l’on retrouve souvent dans les territoires urbains et péri-urbains. L’attractivité massive de Paris implique une pression foncière énorme, qui dépasse largement le périphérique. Ce sont toutes les communes alentours qui sont impactées, notamment par une urbanisation galopante, avec son cortège d’étalement urbain – le modèle pavillonnaire a encore la côte, et d’artificialisation de terres agricoles.

La bétonisation entraîne une perte irréversible de terres agricoles

Travaux de la ligne de métro 18 sur le plateau de Saclay (crédit : ©nonalaligne18.fr)

Les conséquences de cette bétonisation à marche forcée sont nombreuses. En particulier, une baisse de la résilience alimentaire. Sur le plateau de Saclay par exemple, au sud du département. Depuis plusieurs années, de nombreuses écoles, des centres de recherche, des entreprises, s’implantent pour faire naître une « silicon valley » à la française. De plus, les travaux liés au Grand Paris Express entraînent une perte irréversible de terres agricoles – parmi les plus fertiles d’Europe (voir notre article). Autres conséquences de l’artificialisation des terres, des risques accrus d’inondations, une augmentation des déchets (à cause notamment des travaux du Grand Paris), l’apparition d’îlots de chaleur, qui ajoute encore, comme s’il le fallait, de l’inconfort dans ces lieux de vie...

Un habitat vieillissant et énergivore se combine à des coûts de déplacements élevés.

L'urbanisation à différents stades : après les pavillons, les grands immeubles, ici à Vanves (crédit : Lamiot, CC BY-SA)

Ce territoire suburbain est aussi particulièrement sensible au risque énergétique. La précarité énergétique est déjà là, et risque d’aller en s’accentuant. Un habitat vieillissant et énergivore se combine à des coûts de déplacements élevés. Les transports publics, l’offre limitée de covoiturage, des mobilités douces sous investies... peinent à répondre aux besoins de la population. Si un travail sur la mobilité est crucial, la réflexion doit se poser plus largement, sur l’aménagement du territoire : c’est tout un modèle, de villes dortoirs, de centres-villes vidés de leurs commerces au profit d’hypermarchés excentrés, qui est à revoir.
Enfin, pour ajouter à ces immenses défis – tous intimement liés –, des quartiers populaires ghettoïsés, un accès réduit à la santé pour les plus pauvres, un lien social qui se délite, des citoyennes et des citoyens qui perdent confiance en la démocratie...

Pourtant, beaucoup d’acteurs associatifs sont présents sur le territoire, et mènent des actions fortes sur l’écologie et la justice sociale : préservation de l’agriculture locale et aide à l’installation d’agriculteurs et d’agricultrices bio (Terre de liens Île-de-France, Vergers Vivants de Lieusaint), lutte pour l’égalité des chances (APFEC), relocalisation de l’économie (Système d'Échange Local en Val d'Yerres et Val de Seine, Court Circuit, Paniers de Longpont), action pour une économie solidaire (Épicerie participative MonÉpice'Rit), mobilité douce (FCDE, Mieux se Déplacer à Bicyclette Paris Saclay), énergie locale et renouvelable (Énergie Citoyenne Sénart Essonne)...

La nécessité de changer d’échelle pour une transformation radicale

Mais ces actions, aussi riches et bienfaisantes soient-elles, ne peuvent suffire à opérer une véritable bascule du territoire, quand bien même elles se multiplieraient. Les participant·es à la journée ont souligné le manque de transversalité, de liens entre leurs actions, et le besoin d’une approche systémique et globale pour avancer, pour améliorer la mobilisation et attirer au-delà des cercles militants.

C’est toute la pertinence de la démarche Territoires d’Expérimentations : soutenir les forces vives du territoire, amplifier leurs dynamiques, les mettre en lien.

"Bon, la transition, on se la fait saignante ou marinée ?"

Collectivement, les participant·es à cette journée de travail ont commencé à poser les premières pierres de cette expérimentation ambitieuse. Les échanges ont été nourris, et différentes sensibilités se sont exprimées, ont questionné : comment intégrer tous les publics ? Comment avoir une gouvernance permettant la participation citoyenne ? Quels indicateurs, pas seulement économiques, choisir ? La nature de la transition : sera-t-elle brutale, ou progressive ?

Les participant·es se sont aussi posés la question de l’échelle : comment faire sur un territoire aussi grand, alors que le pouvoir d’agir est plutôt au niveau de la commune ou l’intercommunalité ? Ou, inversement, ne serait-il pas pertinent d’élargir à tout le département, le nord, très urbanisé, et le sud, plus rural, étant complémentaires ?

Parmi les nombreuses idées qui ont fusé, le groupe a décidé de trois thématiques centrales sur lesquelles devrait se focaliser l’accompagnement à venir : la démocratie locale, la souveraineté alimentaire, et le lien social. Cette dernière regroupant l’inclusion des population défavorisées, l’éducation, l’aspect intergénérationel et la « form’action » (la transmission des savoirs et des savoir-faire des anciens). En particulier, l’idée d’une convention citoyenne sur la souveraineté alimentaire a émergé.

"Je vais proposer une convention citoyenne sur la souveraineté alimentaire (mais avec des élus qui ne me la font pas à l'envers...)"

À la fin de la journée, huit personnes se sont portées volontaires pour constituer un cercle de coordination locale. La nécessité est d’élargir les prochaines rencontres à encore plus d’acteurs et d'actrices pour pouvoir faire face à ces défis passionnants !

Prochaine étape ? Le Mouvement Colibris et le collectif feront dans les semaines à venir une proposition d’accompagnement du territoire, et d’un calendrier.

Plus d’infos très bientôt !


Pour aller + loin

- Le site de Territoires d'Expérimentations

- Voir les alternatives présentes en Essonne, sur Près de chez nous (les commerces) et Transiscope (les acteurs de la transition).

- Autre territoire accompagné dans le cadre du projet Territoires d'Expérimentations : Kembs, en Alsace. Rendez-vous le 28 juin pour une table ronde autour de la revue 90° sur autonomie alimentaire, la gouvernance multi-acteurs avec l’inclusion des populations dites « invisibles » (Lien d'inscription). Cette rencontre sera suivie d’ une journée de travail ouverte aux habitantes et habitants du territoire, le 29 juin autour de ces enjeux. Plus d'infos très prochainement.


Crédits photos : ©Éric Coquelin.

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