Le MagDes idées pour construire demain

Chronique "L’Effet Valentine" #1

Ça y est, je suis sur la bonne voie !


Ingénieure agronome de formation, Clémentine Lebon a co-écrit avec Olivier Le Naire Le Revenu de base, paru début 2017. Elle a depuis acheté avec son mari, Valérian, une longère en pierre qu’ils rénovent pour pouvoir y vivre, produire leur nourriture et proposer des animations sur l’agriculture et l’alimentation. C’est le "Projet Valentine", dont elle va nous conter l’aventure en marchant…



En quittant mon emploi il y a un an et demi pour revenir en Bretagne avec mon mari, je m’étais promis de ne pas retrouver un travail salarié avant d’avoir au moins essayé de monter mon projet. Pourtant depuis quelques jours, me voici à nouveau en train d’éplucher les offres d’emploi. Et vous savez-quoi ? Je suis heureuse !

Oui, je pense que je suis enfin sur la bonne voie. Fini les certitudes, les plan fixés, figés, datés, signés. À partir de maintenant je me laisse porter, je lâche prise (plus facile à dire qu’à faire !) Je crois que l’achat de notre maison cet été (une longère en ruine sur un terrain d’un hectare près de Vannes) m’a beaucoup aidée à prendre du recul. Maintenant qu’il est là, physiquement, ce lieu dont je rêvais, j’ai moins peur de perdre mes idéaux, mon objectif. Et je peux me permettre de prendre des détours, des chemins de traverse sans paniquer. Oui, je me sens plus sereine depuis cet été, mais pour comprendre cela je vous propose un petit retour en arrière afin de me présenter et vous raconter comment a germé l’idée de l’Effet Valentine, un projet bien plus vaste que cette chronique.

On pourrait débuter cette histoire en 2009. En première année d’école d’agronomie à Rennes, je rencontre Valérian, mais aussi de nombreux amis et professeurs qui m’ouvrent petit à petit des portes qui n’étaient encore qu’entrebâillées. J’entends parler d’agriculture biologique, paysanne, de sobriété heureuse, de monnaies locales, de circuits courts, d’autonomie alimentaire, d’éducation populaire… Je mesure les liens inéluctables entre les questions sociales, écologiques et économiques. Je ressens alors instinctivement l’envie de défendre ces idées, de m’inscrire dans une démarche de vie plus juste. Oui oui, je sais… 20 ans, l’envie de sauver le monde, tout ça ! Il n’empêche, c’est grâce à cette volonté puissante d’appliquer à mon échelle des valeurs qui me semblent profondément justes que commence à naître l’idée de monter un projet à mon image. À notre image devrais-je dire car, si cette chronique est écrite au « je », ce cheminement s’est fait au jour le jour aux côtés de Valérian, mon mari, qui porte ce projet avec moi (d’où l’Effet Valentine, d’après le surnom « Valentine » hérité de l’école !).

À la sortie de l’école, en 2012, nous étions persuadés qu’il nous fallait un lieu pour mettre en pratique toutes nos belles idées. Un lieu de vie, qui donne envie, un lieu écologique, qui nous permette de produire de la nourriture, nous procure une certaine autonomie, mais sans nous couper du monde. Un lieu pour rayonner, échanger des idées, tester, imaginer, se faire plaisir. Bref, un concept assez vaste, qui rassure rarement vos parents quand vous leur présentez ce plan à la sortie des études ! Pour essayer d’y voir plus clair, nous sommes partis six mois en road trip aux États-Unis et au Canada pour travailler dans des fermes bios, afin d’y piocher des idées et de nous tester. Nous en sommes revenus avec des idées plein la tête et le besoin d’ordonner tout cela, de réfléchir à ce que nous souhaitions concrètement. Ce qui nous a amené à rédiger un livre autoédité ("Champs libres", téléchargeable gratuitement ici, ou achetable en version papier si vous m’en faites la demande) : les premières pierres de l’Effet Valentine en quelques sorte…

Tout cela a décanté doucement pendant deux années où nous avons travaillé comme ingénieurs agronomes dans le Limousin. Puis Valérian a trouvé un emploi à temps partiel au groupement des agriculteurs bio du Morbihan. Sautant sur l’occasion (ça c’est mon côté impulsif !), j’ai tout plaqué pour le rejoindre avec la ferme intention de monter notre lieu et de créer mon propre emploi en deux ans (la durée de mes indemnités chômage...). Vous l’avez peut-être senti, je suis aussi assez optimiste (voire utopiste), ce qui aide pour oser se lancer à pieds joints dans de nouveaux projets, mais qui oblige à accepter régulièrement de regarder la réalité en face et à faire quelques petits réajustements. Car deux ans pour s’implanter sur un territoire inconnu, le comprendre, se faire un réseau, des amis, trouver une maison en ruine, arriver à l’acheter en décrochant un emprunt avec un seul salaire à temps partiel, retaper le tout pour en faire un lieu de vie et d’accueil, définir et lancer une activité économique… ce n’est pas faisable. Mais ce n’est pas grave ! Le tout c’est de s’adapter, de trouver des solutions à tous les petits défis qui se posent, et de les dépasser dans la joie et la bonne humeur, en gardant plus ou moins le cap.

Et c’est bien l’objectif de cette chronique : vous faire vivre au quotidien les questions, les surprises, les déceptions, les éclairs de génie ou les grosses bourdes qui vont ponctuer cette aventure. J’espère donc vous embarquer à nos côtés dans cette histoire qui débute. Celle qui devrait permettre à notre lieu de rêves de devenir un lieu de vie : l’Effet Valentine.

 

Clémentine

Saint-Nolff, le 16 novembre 2017

Commentaires

Pour isoler une batisse en pierre allez voir du cotes de la chaux en patte et billes d'argiles expensées.c'est pas cher facile a poser.j'ai fais ça chez moi suis très content je precise que je ne vends rien.

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