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États généraux de l’alimentation : chiche !

Edito

Vincent Tardieu / Colibris - 21 juillet 2017

 400 acteurs professionnels et associatifs de l’agriculture et de l’alimentation, et les représentants de quelques 11 ministères emmenés par celui de l’Agriculture, vont échanger durant 5 mois, dans 14 ateliers, pour avancer sur un double objectif : produire en gagnant sa vie et consommer en la préservant. Voilà, en résumé, ce que promettent les États Généraux de l’Alimentation lancés hier à Paris. 

Trop tôt (pour le préparer) ? Trop court (vu les enjeux) ? Trop peu (d’acteurs) ? Trop timide (sur les questions posées) ? On pourra certes regretter que cette belle idée pour refonder notre système alimentaire, lancée par Nicolas Hulot et reprise au vol par le candidat Macron, se présente comme une grand-messe politico-médiatique de plus. 

Et bien nous, on a envie de dire : chiche ! Car il y a le feu dans les campagnes. Chiche, pour rétablir un peu d’équité. J’allais dire juste un peu de dignité sur les ardoises des étals. Car, qu’est-ce que nous révélait l’économiste et historien Philippe Chalmin en avril dernier dans l’austère rapport de l’Observatoire des marges et des prix ? Un constat implacable : quand nous mangeons pour 100 €, le paysan perçoit, lui, 6,20 €… Oui, vous avez bien lu : cela représente à peine 9,6 % de la valeur ajoutée totale. Pensez, la moitié d’entre eux gagne 350 euros par mois ! Avec de fortes disparités entre fermes, filières et régions, et après plusieurs années calamiteuses. Mais qui s’empiffre, alors ? Ben, tous les autres – les collecteurs, les transformateurs, les négoces, la grande distribution…–, à parts très inégales, il est vrai. 

Alors, oui, il faudra bien dire haut et fort au cours de ces États Généraux de l’Alimentation : basta ! Que ce modèle dominant de production alimentaire est juste insupportable, destructeur d’emplois, de paysages et de vies. Que cette course folle aux prix des aliments le plus bas doit se transformer en un concours pour le prix le plus juste, comme nous le dit la présidente de la Fédération d’agriculture biologique (FNAB) Stéphanie Pageot. Qu’une agriculture qui pollue les sols, les nappes, dézingue les abeilles, les oiseaux et les bleuets, qu’une agriculture qui inquiète en partie les consommateurs sans nourrir pour autant ses producteurs, n’a tout bonnement plus de raison d’être poursuivie ainsi, encouragée, financée. 

Nous voulons dire chiche aussi parce qu’au-delà de ces assises il y a un grand enjeu démocratique. Celui de sortir cette politique de production alimentaire du huis clos dans lequel on la tient depuis l’après guerre. Un huis clos où les syndicats agricoles, les transformateurs et les distributeurs négocient en coulisse avec les gouvernants. Nous, nous voulons remettre les citoyens au cœur du processus, aux côtés des paysans et des autres acteurs de la production alimentaire.

C’est ce que prétend faire le gouvernement avec la consultation sur internet qu’il ouvre jusqu’au 20 octobre dans le cadre de ces assises. Au menu, plusieurs questions d’importance : sur la rémunération des producteurs et celle des prix, sur l’accompagnement du changement de notre agriculture, sur l’accès de tous à une alimentation de qualité, sur le système d’information des consommateurs (l’étiquetage), etc. D’autres plats consistants manquent à la carte. Comment renforcer, par exemple, la coopération des professionnels et des consommateurs dans les territoires pour relocaliser et produire une alimentation de qualité ? Ou comment ajuster les taxes et les aides publiques aux efforts consentis par les paysans pour la transition agroécologique ?

Cette consultation sera-t-elle un premier pas sur le chemin du renouveau démocratique ? Chacun peut faire sa part, en y contribuant. Néanmoins, à l’heure qu’il est on ignore comment ces contributions seront intégrées à « l'agenda des solutions » issu de ces assises. Et si les simples citoyens ne seront pas noyés par les lobbies professionnels, comme cela s’est passé en 2013 lors de la consultation publique en Europe pour réinventer la PAC (politique agricole commune)… 

Nous allons observer ce forum de près. Car Colibris entend créer dès la rentrée plusieurs espaces de réflexions et de propositions citoyennes, notamment sur l’agriculture et l’alimentation. Afin qu'un véritable processus d’intelligence collective apporte des propositions concrètes pour changer nos vies et les politiques locales et nationales.

Alors, chiche, il dépend en partie de nous que ces assises lancées dans la précipitation par le gouvernement se transforment en véritables États généraux citoyens de l’alimentation !



Crédits photos : Terre & Humanisme, Patrick Lazic.

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