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Entretien avec une famille de "gamers"

Le jeu en ligne, cet autre monde


Le jeu vidéo en réseau est un phénomène mal connu des colibris que nous sommes. Heureusement, nous connaissons des "gamers" [joueurs, en anglais, ndlr], à qui nous avons pu poser quelques questions ! Alors, fabrique de serial killers, d'asociaux, de gloutons énergétiques à l'empreinte écologique pharaonique ? Ou nouveau lieu de socialisation et de coopération ?



- Pourquoi jouez-vous en ligne alors qu'il fait beau dehors ?

Hugo : Mes amis sont en ligne ! C’est un lieu de jeu, de convivialité, on s’y amuse. Quand les amis sont à l’autre bout de la France, c’est l’occasion. Et ce n’est pas parce qu’il fait beau dehors qu’il faut obligatoirement sortir. Parce qu’au final aller jouer dehors tout seul ce n’est non plus terrible !

Nathalie : Cette question est caractéristique de la vision négative des jeux qui oppose la pratique du jeu et les autres activités !

  

Quand on parle de jeux vidéos dans les médias, c'est souvent sous un angle négatif : il couperait les jeunes de la vie sociale, les rendraient agressifs... Joueurs, qu'avez-vous à dire pour votre défense ? 

Hugo : Pour moi, c'est plutôt une autre vie sociale. Les jeux regroupent des amis, des inconnus, des personnes d’autres pays... Je vois peut-être moins les gens de mon quartier, mais je suis en contact avec beaucoup de personnes.

Nombre d’études lancées sur l’agressivité probable des joueurs prouve que ce n’est pas le cas, ou de façon non significative*. 

Et le jeu vidéo peut même avoir des vertus ! Un article scientifique, paru dans la revue Cell (Action Video Games Make Dyslexic Children Read Better, en anglais), montre que les jeux vidéo d'action aideraient les enfants dyslexiques à surmonter leurs difficultés de lecture !

Capture d'écran de World of Warcraft, un des MMORPG [jeu de rôle en ligne massivement multijoueur, ndlr] les plus connus (source : ArsTechnica)

 Nathalie : la sociabilité des jeux en réseau n’est en effet pas la même que la sociabilité de proximité, qui elle même n’est pas la seule sociabilité. Les jeux en réseau mettent des joueurs en lien, le nombre de relations amicales solides qui sont nées sur les réseaux sont légion. Moi même j’y ai rencontré l’un de mes meilleurs amis que je n’aurais pas rencontré ailleurs. En effet, il travaillait dans le nucléaire, et moi à Greenpeace ! Quant aux couples formés grâce aux jeux, ils sont également très nombreux. Je connais quatre bébés nés de ces unions autour de moi ! 


- Dans le jeu en ligne, on est plus dans la compétition que dans la coopération, non ?

Hugo : Non. Dans WoW [World of Warcraft, ndlr] les objectifs de jeu sont tellement élevés qu’il est nécessaire de savoir mobiliser toute une équipe avec des compétences complémentaires. Ces objectifs sont atteignables uniquement par la coopération. Tous les jeux en équipe nécessitent également la connaissance de ses coéquipiers : leurs forces, leurs faiblesses, tant émotionnelles que techniques…

Nathalie : Un autre exemple de l’esprit coopératif et de la connection de cette communauté au monde réel : Z Event. La communauté des joueurs en ligne s’est mobilisée pour récolter de l’argent à destination de Médecins Sans Frontières. En 24h, ceux qui sont souvent présentés comme “hors vie”, agressifs et immatures ont prouvé leur implication dans le monde, leur générosité et leur efficacité.

(Source : compte twitter de ZeratoR)

Z Event, c'est quoi ?

Les 10 et 11 novembre derniers, avait lieu le Z Event, un marathon de jeu regroupant une trentaine de joueurs, qui a recueilli plus d'un million d'euros en quelques heures pour l'ONG Médecins Sans Frontières. Pendant tout le weekend, les gamers et les commentateurs ont diffusé des matchs et des émissions, en encourageant leurs spectateurs à donner. Les chiffres donnent le tournis : 1.500.000 personnes connectées, plus de 36.000 dons, 350.000 tweets...

En 2017, l'événement avait récolté, à la surprise générale, plus de 500.000 euros pour les victimes de l'ouragan Irma, à destination de la Croix Rouge.

Plus d'infos : zevent.fr


- Comment le jeu en ligne, ça consomme beaucoup d'énergie. Pas très écolo, tout ça ?

Nathalie : C’est vrai les jeux en ligne sont énergivores, du fait de la consommation des serveurs. Ils rentrent, comme bien d’autres activités qui dépendent d’internet, dans la catégorie des impacts humains qu’il est nécessaire de gérer au mieux. La question des sources d’énergie, de l'efficacité des serveurs, doit se poser.

Hugo : Des solutions existent pour rendre le numérique moins énergivore. On installe déjà des serveurs informatiques dans les habitations pour remplacer le chauffage

Les jeux peuvent aussi être éco-responsables par leurs messages, comme Horizon ou Final Fantasy 7. Des jeux de gestion soulignent la nécessité de prendre soin des ressources. 


- Jouez-vous aussi dans la vraie vie ?

Nathalie : Les joueurs en ligne sont souvent amateurs de jeux en général : jeux de société, jeux de cartes, et également de jeux de rôle en grandeur nature ! Contrairement aux idées reçues, je ne vois pas de fuite de l’interaction sociale chez les joueurs. Au contraire !

Hugo : Oui, on joue à de nombreux jeux de société : Mysterium, 7 Wonders, Vallée des Mammouth, Small World, Pandémie,…






* Voir notamment l'article du Washington Post, "Ten-country comparison suggests there’s little or no link between video games and gun murders" (en anglais)

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