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Moilamain, artisan de permaculture humaine


Nous sommes Alexis, Kamil et Kevin et ensemble nous réalisons le Permacooltour : en chemin vers l’autonomie et la résilience. Pendant une année, nous prenons nos vélos pour faire le tour de la France et de la Belgique des éco-lieux et de la permaculture

Soyons heureux et vive l’aventur'euh ! 



"Je m'appelle Moilamain et j’habite à Nanteuil (Deux-Sèvres), dans une maison où j’ai ma "librairie permaculturelle". Moilamain est celui qui donne un coup de main pour que la victoire advienne. Cette victoire est celle du peuple qui met en place une bio-région où les gens sont autonomes, responsables et interagissent bénéfiquement entre eux..."



- Tu peux nous dire ce qu'est la " permaculture humaine " ?

Avant de comprendre la "permaculture humaine", il faut d’abord comprendre ce qu’est la permaculture tout court, celle définie par Bill Mollison et David Holmgren, qui en sont les deux fondateurs Australiens. Bill Mollison vivait dans un contexte particlier : en Tasmanie, dans un village où à peu près tout le monde était autonome. La nature était abondante. Ils n’avaient pas besoin de grande surface cultivable, échangeaient et fabriquaient beaucoup de ce qu'ils utilisaient et consommaient. Tout le monde dans son village avait son potager, savait pêcher. Au fil du temps, Bill Mollison a observé la destruction croissante de la nature qui l'entourait. Il en a parlé à David Holmgren, l'un de ses étudiants. Ensemble, chaque soir après l’Université, ils ont imaginé cette idée de "permaculture" que l’on peut traduire par : « L’art de ré-habiter ». Ré-habiter signifie que l’homme a vécu sur un territoire et l’a détruit. S’il veut continuer à y vivre, il doit redéfinir sa manière de cohabiter avec lui, en faisant preuve de soin, de bon sens et d'intelligence.

À petite échelle, la permaculture conduit à aménager son terrain pour avoir une forme d'autonomie, ne pas créer de pollution et répondre à ses besoins principaux. À grande échelle, les deux fondateurs parlent de "bio-région". Un territoire homogène d’un point de vue écologique, sur lequel habite une communauté de personnes. Cette communauté utilise tout ce que peut produire ce territoire. 

C’est là qu’apparaît l’intérêt de la "permaculture humaine". Si on veut redéfinir notre manière de vivre ensemble sur un territoire, on a besoin de savoir créer ensemble, faire ensemble, discuter ensemble, décider ensemble, quelle que soit l’échelle (familiale ou collective). La permaculture humaine apporte les outils, les attitudes et les principes permettant à tout le monde de bien vivre ensemble.


- Existe-t-il des incontournables pour une bonne gouvernance collective ?

Avant de changer de vie, j’ai d’abord habité un peu à l'arrache chez les gens, qui m'ont hébergé amicalement. C’est à ce moment-là que j’ai pu découvrir ce qui se joue entre des personnes qui veulent habiter ensemble. J’ai pu voir les problèmes de gouvernance humaine apparaitre et trouver des solutions. J’ai donc aujourd’hui une deuxième activité à côté de la librairie, celle de conseiller et de facilitateur en permaculture humaine. Avec ma collègue Emilie, on accompagne des groupes, des associations, des entreprises, des éco-lieux, des projets d’habitats participatif pour qu’ils puissent réussir leur collectif.


Pour un éco-village, je dirai qu’il existe quatre ingrédients. Le premier, c’est la raison d’être du collectif. Pourquoi est-on ensemble, quel est notre objectif ? Si une personne ignore cette mission, alors ses actions n’iront pas dans le sens pris par le collectif. Et cela créera des tensions... Le deuxième ingrédient consisterait en une méthode de discussion et de décision qui convienne à tous les membres du collectif.  Le troisième point serait des règles d’inclusion et d’exclusion. C’est très important. Même si au début, quand tout va bien, on a du mal à s'imaginer une situation d'exclusion... Quatrième ingrédient : créer du temps et des espaces pour les relations interpersonnelles. Cela peut être des temps de parole en binômes ou de manière collégiale. J’ai l’exemple d’une école où ils se retrouvent tous les vendredis soirs : à tour de rôle, les gens peuvent monter sur la scène et remercier quelqu’un publiquement.

- On parle beaucoup d'"effondrement" ces derniers temps... Qu'en penses-tu ?

Notre vision de la permaculture humaine ne se limite pas à la notion de "ré-habiter le territoire". On y ajoute la notion d’effondrement. Il y a deux stratégies face à une crise : soit l’entraide, soit le chacun pour soi. Les deux stratégies marchent, c’est en fonction des sensibilités de chacun et de la maturité de chacun. Quand on a vécu un contentieux avec le collectif, on aura plutôt tendance à choisir le chacun pour soi. Mais lorsque l’on a eu une bonne expérience du collectif, une bonne compréhension de son fonctionnement, alors on aura tendance à favoriser l’entraide. 

Ce que l’on veut transmettre dans nos formations en "permaculture humaine", c’est ça : s’il y a effondrement, vous avez plutôt intérêt à vous entraider et pour que cela réussisse, nous allons vous transmettre les mécanismes.

- Moilamain est un pseudonyme. Que signifie-t-il pour toi ?

Moilamain c’est celui qui donne un coup de main. On peut entendre plein de choses dans Moilamain : donne-moi la main, j’ai besoin d’aide. Après, si on diminue, ça fait moi l’âme…, moelle…, moi…, aime... Tout ça sont des choses qui me portent et qui m’animent. 

Mon vrai prénom est Nicolas, ce qui veut dire en grec : "Victoire du peuple". Je me rends compte que, ce que je veux voir autour de moi, c’est une bio-région où les gens sont autonomes, responsables, et interagissent bénéfiquement entre eux. C’est ça, la victoire du peuple pour moi, et Moilamain est celui qui donne un coup de main pour que cette victoire puisse advenir.

- Aurais-tu une citation qui t'inspire et qui t'accompagne ?

Oui… « Arrêtez de vous prendre la tête » ! Dans mes formations, je vois beaucoup de stagiaires avides de connaissances. Or ce dont j'ai l'impression finalement, c'est que plus tu as de connaissances dans la tête, plus tu te compliques la vie. Donc moi je dis : "arrêtez de vous prendre la tête". La vie c’est beaucoup plus simple que ça. Quand tu balances une graine par terre, elle germe, elle pousse. Fukuoka Masanobu cultivait une partie de ses légumes dans son verger de cette manière, il balançait les graines, il laissait les choses se re-semer, ça poussait. On ne peut pas faire plus simple, c’est tout.




Crédit : Le Permacooltour
Photos et Rédaction : Kevin Simon
Retranscription : Nelly Hyvert


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