Le MagDes idées pour construire demain

Nelly Baville, l’art d’ensemencer

Propos recueillis par Gabrielle Paoli / Colibris - 1er juin 2017

Nelly Baville, le 27 mai à Marseille pour le Chant des colibris

Un chemin de vie mouvementé

J’ai eu la chance d’être élevée dans l’amour de la nature. Et puis, au fil du temps et des aléas de la vie, cette sensibilité initiale s’est transformée en véritable souci de prendre soin de l’environnement et des hommes. 

Ma rencontre avec Pierre Rabhi s’est faite jeune. Une cousine, que j’admirais, était très engagée dans l'association Terre & Humanisme. Je me suis donc tout naturellement intéressée à ce qu’elle faisait… Puis à 24 ans, j’ai eu une leucémie. Face à l'extrême fragilité de mon corps, la nécessité de donner du sens à ma vie était impérieuse et la pensée de Pierre a continué à avoir une résonance forte en moi. 

L’autre tournant a été, je m’en rends compte maintenant, celui lié au choc du film “Demain”. Il m’a fait prendre conscience de l’immense puissance de l’énergie collective. Je ne pouvais pas rester dans l’engagement individuel qui était le mien, il fallait que je passe au niveau supérieur ne serait-ce que pour mes 3 enfants !

Le film "Demain", réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent

Le groupe local Colibris, une expérience intense 

Il faut le dire, j’ai immédiatement pu faire l’expérience de la force immense et fabuleuse que peut avoir un groupe. Dans la foulée du film “Demain” donc, le groupe local de Toulon s’est créé à l’initiative de 6 personnes. C’était en février 2016. Je l’ai tout de suite rejoint, en tant que référente pour les jardins partagés d’abord. Et puis en septembre 2016, j’ai intégré le cercle cœur. Je venais d’apprendre que j’avais un deuxième cancer. J’ai alors pu tester en profondeur les vertus de la sociocratie. La confiance, l’autonomie, le lâcher-prise sont au cœur du fonctionnement du groupe local ; au cercle cœur personne n’a d’étiquette ni de titre, chacun se responsabilise et fait au mieux en fonction de ses compétences, désirs, découvertes.... Et, au milieu de ces énergies qui se croisent, règne une qualité d’écoute énorme. Résultat ? Alors que je traversais une période difficile, j’ai pu donner sans jamais m’épuiser, bien au contraire.

Henri et Nelly, du Groupe Local Colibris Toulon

Un réseau pilote d’établissements scolaires en transition dans l’aire toulonnaise

Alors je ne l’ai pas quitté, ce groupe local toulonnais ! Aujourd’hui, j’y coordonne principalement les actions liées à l’éducation. J’ai été rattrapée, sans le rechercher particulièrement, par ma formation de professeure d’histoire-géo… À la base de notre action, un constat simple : les dispositifs favorisant l’éducation au développement durable sont nombreux dans l’Éducation Nationale et il existe beaucoup de porteurs de projets motivés. Seulement, souvent les initiatives sont mal connues d’un établissement à l’autre (essentiellement par manque de temps des enseignants) ou hors des établissements… 

"Les dispositifs favorisant l’éducation au développement durable sont nombreux dans l’Éducation Nationale ; nous essayons simplement de les rendre opérationnels !"

Du coup, nous accompagnons ceux qui nous le demandent avec l’approche de Colibris : inspirer, relier et soutenir. Ce qui se traduit par un accompagnement logistique pour la mise en place de jardins pédagogiques, un lien entre les établissements mais aussi avec des professionnels ou des associations, une transmission d’information, une participation à des forums ouverts, une communication sur ces initiatives… Ainsi, nous avons connecté, dans le cadre d’un projet pédagogique, une classe de première STMG (sciences et technologies du management et de la gestion) du lycée Dumont d’Urville avec Mini Green Power, une start up très innovante dans le domaine du recyclage vert, localisée à Hyères.

Land Art au lycée Dumont d'Urville

L’objectif est d’accompagner la mise en place d’un parcours de l’éducation en transition pour que les élèves toulonnais soient acteurs à chaque étape de leur scolarité grâce à des expériences concrètes autour du développement durable. L’initiative la plus spectaculaire est celle du lycée Dumont d’Urville : une équipe dynamique de professeurs bien soutenus par la direction a lancé depuis l’automne 2016 “Dumont en Transition”. La projection du film Demain devant 250 lycéens a servi de base à un forum ouvert (organisé avec nos partenaires de la Vallée du Gapeau en Transition) durant lequel les lycéens ont investi la notion de transition et les moyens de la mettre en œuvre. 

Lycée Dumont d'Urville en transition

“Un autre point fort est de servir de facilitateurs pour une mise en réseau des établissements : cette année, en plus du lycée Dumont d’Urville, nous avons travaillé avec les collèges Pierre Puget, La Marquisanne, une enseignante et ses étudiants de l’IAE (Institut de l’administration des entreprises) à l’Université de Toulon et des contacts ont été pris dans des écoles primaires... Nous essayons de favoriser un système d’ambassadeurs de la transition. Dans chaque établissement, les élèves deviennent des ambassadeurs d’une technique en particulier et vont la présenter à d’autres porteurs de projets. Ainsi, les élèves du collège Pierre Puget, ambassadeurs de la marelle nourricière, sont allés faire une démonstration au lycée Dumont d’Urville, ainsi que les collégiens de La Marquisanne experts en lombricompostage !

Lycée Dumont d'Urville en transition

Continuer à faire sa part à son échelle

J'essaie aussi de continuer à faire ma part de mon côté. Dernier projet en cours : la transformation de la cour de mon immeuble en jardin partagé. Tout a commencé avec une réunion de copropriété organisée pour changer la chaudière… De fil en aiguille, on s’est retrouvés à monter un jardin partagé ! On a déjà construit nos premiers bacs en palette, on les remplit en lasagne, on est en train de créer notre compost et on prévoit de demander à la ligue de protection des oiseaux (LPO) de devenir un “refuge urbain”...

En fait, je crois que la clé du passage à l’action, est la confiance dans le collectif associée à l’autonomie individuelle. Et les apéros, bien entendu ! On est dans le sud, quand même...