Le MagDes idées pour construire demain

Chronique "L’Effet Valentine" #6

Le pilon à purée : ambassadeur de la bonne bouffe ?

Ingénieure agronome de formation, Clémentine Lebon a co-écrit avec Olivier Le Naire Le Revenu de base, paru début 2017. Elle a depuis acheté avec son mari, Valérian, une longère en pierre qu’ils rénovent pour pouvoir y vivre, produire leur nourriture et proposer des animations sur l’agriculture et l’alimentation. C’est le "Projet Valentine", dont elle va nous conter l’aventure en marchant…


Je vous l’avais annoncé, vous n’y couperez pas : cette semaine je vais vous conter la fameuse histoire de mon presse purée. Enfin plutôt de mon pilon à purée.

Il y a un an, je planchais sur mon projet professionnel et notamment sur le développement de mes ateliers cuisine. C’est là que j’ai réalisé qu’à part mon amour des petits plats bien faits et des produits de saison, je n’avais pas une très grande légitimité sur le marché des cours de cuisine. Comme je n’envisageais pas de me lancer dans un CAP, j’ai pensé que quelques stages autour de chez moi ne pourraient me faire que du bien. Pour découvrir de nouvelles idées, apprendre des bases de cuisine professionnelle et avoir quelques références lorsque je proposerais mes services.  C’est comme cela que je me suis retrouvée dix jours chez Dominique Martin, qui est chef à domicile et prof de cuisine. A ma grande surprise, l’ai vue se servir d’un pilon à purée pour des repas de 30 à 40 personnes. Et c’était facile (enfin, tant que l’on a des patates à purée !). Jusqu’ici j’utilisais le classique presse purée de grand-mère et m’en accommodais bien…  même s’il fallait entièrement le démonter pour le laver et qu’il prenait autant de place que ma cocotte minute dans ma cuisine de 2m². Cette découverte a donc été une mini révolution pour moi. Et suivant une irrésistible pulsion de shopping, j’ai foncé acheter le précieux ustensile !

Vous avez certainement décelé mon petit côté écolo-maniaque, vous ne serez donc pas étonnés de savoir que je me suis dirigée vers un magasin bio pour investir dans mon nouveau pilon. J’étais tranquillement en train de faire la queue à la caisse, quand un monsieur m’a abordé en désignant l’objet du doigt : « Excusez-moi mademoiselle, mais pouvez-vous me dire ce que c’est ? » « C’est un pilon à purée » « Ah, d’accord… » Silence. « Mais dites-moi, sincèrement, est-ce que vous arrivez à faire aussi bien que la purée mousseline avec ? Parce qu’on est bien d’accord : théoriquement il vaut mieux manger de la purée maison, mais on n’arrive jamais à faire une texture aussi fluide, non ? ». Interloquée, je ne savais pas trop quoi répondre. Il faut dire que je n’ai jamais aimé la purée mousseline (ça me rappelle la cantine). « Euh… si, je pense qu’on peut faire aussi bien. Mais si vous voulez que ce soit fluide il vaut mieux mettre pas mal de lait et pilonner un peu plus longtemps peut-être. On sent mieux le goût de la pomme de terre à mon avis ». « Oui, c’est vrai, mais on n’est plus habitués, la dernière fois que j’ai mangé de la vraie purée ça devait être celle de ma grand-mère ». Etant donné que l’homme avait la soixantaine bien tassée,  j’étais quand même un peu perplexe. Surtout qu’on était dans un magasin bio ! Mais en fait, ça ne veut sûrement rien dire… Et puis, je me suis dis que finalement, c’était ça aussi le monde dans lequel nous vivons. Un monde où l’agro-alimentaire a pris une place disproportionnée. Un monde dont je suis peut-être coupée parfois  par mes habitudes alimentaires. Et finalement est-ce que ce n’est pas justement pour des gens comme ce monsieur que j’ai imaginé mes cours de cuisine ?

Alors j’ai répondu : « Oui, c’est vrai. D’ailleurs, si ça vous intéresse, dans quelques mois je vais lancer des atelier de cuisine près de Vannes pour se réapproprier la cuisine du quotidien, ne plus acheter de plats tout faits, mais cuisiner des produits frais et de saison, rapidement, sans se casser la tête ». Et quand ses yeux se sont allumés et qu’il a pris mes coordonnées, je me suis dit que tout n’était pas perdu.

Clémentine, Saint Nolff, le 4 avril 2018



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