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Face aux crises qui nourrissent des tentations de replis, voir de haîne, nous restons fidèles à une écologie profondément humaniste.

L'expérience de Colibris face aux discours de haine : une réponse guidée par l’écologie et l’humanisme

Nos sociétés traversent une période de profondes turbulences. Crises climatiques, sociales et démocratiques s’entremêlent, nourrissant à la fois des élans de solidarité et des tentations de repli. Dans ce contexte, des discours réactionnaires, complotistes ou d’extrême droite tentent parfois de se frayer un chemin jusque dans des espaces se revendiquant de l’écologie, du « local » ou de la critique du système.
Le Mouvement Colibris, engagé depuis près de vingt ans pour une transition écologique et solidaire, a été confronté à ces dynamiques mortifères. Cet article propose de revenir sur ces enjeux, de clarifier notre positionnement et de partager les actions mises en place pour aider les Groupes Locaux et les bénévoles à rester fidèles à une écologie profondément humaniste.

Crise covid, complotisme et discours de haine

À partir de 2020, la pandémie de Covid-19 a profondément bouleversé les repères collectifs. La défiance envers les institutions, l’angoisse face à l’avenir et l’isolement social ont favorisé l’émergence et la diffusion de discours complotistes, y compris dans des milieux sensibles aux questions écologiques et sociales.
Par complotisme, nous entendons des récits qui prétendent expliquer le monde par l’action cachée de groupes supposément tout-puissants, simplifiant des phénomènes complexes et désignant des boucs émissaires. Il est important de le rappeler : toutes les personnes critiques du système ou des institutions ne sont pas complotistes, et heureusement. Mais certains discours ont franchi un seuil. Ils alimentent la peur, la haine et la défiance généralisée en remettant en cause la réalité du changement climatique par exemple.
Ces dérives ont pu mettre en lumière des porosités inquiétantes entre certains thèmes écologistes – le local, la critique de la modernité, le retour à la terre – et des idéologies réactionnaires fondées sur le rejet de l’autre ou la nostalgie d’un passé idéalisé.

Quand la critique légitime du système nourrit les discours de haine.

Dans cette nébuleuse, certains discours se présentent comme une critique radicale du capitalisme ou des élites, mais aboutissent en réalité à la stigmatisation de groupes déjà discriminés : personnes migrantes, juives ou musulmanes, personnes LGBTQIA+, femmes, militant·es écologistes ou antiracistes.
La dénonciation d’une prétendue « petite caste » dirigeant le monde en secret, popularisée par certaines figures complotistes, peut séduire à première vue par son apparente radicalité. Mais elle repose sur des ressorts menant au repli sur soi : essentialisation, amalgames et désignation d’ennemis intérieurs. Par ricochet, toutes celles et ceux qui défendent les droits humains ou l’égalité sont disqualifié·es comme « wokistes », « hystériques », « islamo-gauchistes » ou « éco-terroristes ».

Historiquement, la vision complotiste du monde a toujours été au coeur du projet politique d’un camp bien identifié : l’extrême-droite. Ainsi, dès le lendemain de la Révolution française, en 1797, le prêtre monarchiste jésuite Auguste Barruel évoquait un « complot judéo-maçonnique » (Tatin-Gourier, J.-J. (2024). Introduction. Le complot en partage : Révolution française (p. 5-13). Hermann.) pour expliquer la chute du régime royal.  Deux siècles plus tard, les bouc-émissaires varient quelque peu mais les logiques restent les mêmes : un « grand remplacement » soit-disant organisé par les croyants musulmans, le « lobby LGBT » qui imposerait la sexualité à l’école, etc. Rapport sur les LGBTIphobies 2025 de SOS Homophobie, page 23
Dernier avatar en date : la critique de l’industrie pharmaceutique et de la gestion de la crise sanitaire. Alors que des critiques légitimes de ces systèmes peuvent exister, on a vu les leaders d’opinion antivaccins s’associer à des figures de l’extrême-droite et tenir des propos réactionnaires.  La candidature sous étiquette RN d’une porte-parole des antivaccins : Emmanuelle Darles, est exemplaire de cette dérive. Mais on pourrait citer également Vincent Pavan, fondateur de Réinfoliberté, membre du « Conseil Scientifique Indépendant » et sponsor d’un meeting rassemblant Alain Soral, Yvan Benedetti, Christian Piquemal, et d’autres figures néo-fascistes. (intervention d'Alain Soral)

Extrême droite et écologie : une incompatibilité de fond ou la chimère d’une écologie d’extrême droite

La chimère d'une écologie d'extrême droite

Certains discours politiques, notamment du Rassemblement national, tentent aujourd’hui de se présenter comme compatibles avec l’écologie. L’exemple récent du « localisme » mis en avant par le RN lors des municipales, va dans ce sens. Pourtant, les faits montrent une opposition structurelle à la transition écologique : votes contre la protection du vivant, soutien aux énergies fossiles, mépris du tissu associatif et rejet des énergies renouvelables. L’historique de toutes ces positions est référencé par le site Parlementerre.
Le chercheur Jean-Baptiste Fressoz parle à ce sujet de « carbo-fascisme » : une alliance entre autoritarisme politique, nationalisme et défense des intérêts des industries fossiles, au nom du pouvoir d’achat ou de la souveraineté nationale.
Derrière l’apparence d’un discours écologique, c’est bien un projet incompatible avec les exigences climatiques et sociales actuelles qui se dessine.

Une écologie sans humanisme ?
La question n’est donc pas seulement de savoir si l’extrême droite pourrait, un jour, se dire écologiste. La vraie question est celle-ci : peut-on défendre la Terre en excluant une partie de l’humanité ?
Pour Colibris, la réponse est claire. Fidèle à son histoire, le mouvement affirme que l’écologie sans humanisme n’est pas une solution. Comme le rappelle le sociologue Erwan Lecœur : « L’écologie de l’extrême droite est une écologie de l’exclusion. »


Le Mouvement Colibris : garder le cap d’une écologie humaniste

Une histoire ancrée dans la Terre et l’Humanisme
Depuis sa création, le Mouvement Colibris porte une vision de l’écologie indissociable de la solidarité, de la coopération et du respect du vivant sous toutes ses formes. Inspiré par l’agroécologie, la sobriété heureuse et l’action locale, le mouvement a toujours défendu une transition écologique qui ne se limite pas aux modes de production, mais interroge en profondeur notre manière de faire société.
Dans cet esprit, Colibris s’est voulu un mouvement citoyen ouvert, capable de rassembler des sensibilités diverses autour d’un horizon commun : construire une société plus juste, plus écologique et plus démocratique.

Une prise de conscience nécessaire au sein de Colibris
Face à ces évolutions, qui ont touché notre communauté en son cœur, le Mouvement Colibris a dû regarder sa propre histoire et ses pratiques avec lucidité. Au moment du Covid , certaines prises de position individuelles, portées par des personnes identifiées au mouvement, se sont révélées incompatibles avec nos valeurs fondamentales.
A l’exemple de Louis Fouché, qui a d’abord porté des des discours antivaccins avant de multiplier les propos et les associations avec des personnalités d’extrême-droite. Louis Fouché, ancien membre d’un groupe local Colibris, avait quitté le mouvement en 2020. Mais après cette date, il a animé le réseau RéinfoCovid, se réclamant des valeurs de Colibris mais surtout de ses méthodes et de ses mots. Pour autant, certaines déclarations et surtout certaines associations publiques de Louis Fouché portaient des discours et des idées incompatibles avec les valeurs de Colibris.

Le Mouvement Colibris a alors fait le choix :
> de clarifier ses positions, auprès de ses groupes locaux et mais aussi auprès du grand public avec une webconférence sur le sujet ;
> de mettre fin à des collaborations avec des personnes dont les discours s’éloignaient de notre projet politique et humaniste ;
> et surtout, de se former collectivement pour mieux comprendre ces phénomènes et y répondre.

Ce travail s’inscrit dans une conviction forte : pour rester fidèle à une écologie inclusive, il est nécessaire de se doter d’outils pour faire face aux discours de haine, sans naïveté ni complaisance.

Des formations pour mieux comprendre
Dès 2023, Colibris a lancé des temps de formation et de sensibilisation à destination de ses bénévoles et de réseaux militants écologistes. Ces espaces ont permis :
· de revenir sur l’histoire des discriminations ;
· d’identifier les mécanismes des discours complotistes et d’extrême droite ;
· de réfléchir collectivement à des réponses adaptées dans les organisations et les territoires.

Voir la vidéo de notre web-conférence

Les retours, notamment lors de la webconférence « Écologie ou extrême droite : comment réaffirmer nos valeurs pour la Terre et l’humanisme », intégrée au MOOC (R)évolutions Locales, ont montré combien ces outils étaient nécessaires et attendus.
Fort de cette expérience, le mouvement a décidé en 2025 de partager ces apprentissages avec d’autres organisations engagées, confrontées aux mêmes tensions.

Quels rôles pour le Mouvement Colibris ?

Le Mouvement Colibris ne se contente pas de dénoncer, nous agissons concrètement. Par le biais de nos groupes locaux ; de notre équipe ; des actions citoyennes portées par le Mouvement via le Collectif pour la Transition Citoyenne et des actions de nos partenaires ; Colibris agit chaque jour pour un monde plus solidaire, plus sobre, plus écologique. Une vision du monde incompatible avec les discours de haine et de rejet portés par l’extrême-droite.

L’engagement local et la coopération comme remparts
Les territoires sont aujourd’hui des espaces clés de résistance aux discours de haine. À l’approche des élections municipales de 2026, Colibris s’est engagé aux côtés d’initiatives comme La Bataille des municipales (StreetPress) ou Mairie Me, portée par le Collectif pour la Transition Citoyenne dont nous faisons partie.
À travers des démarches comme « De l’enquête aux récits », Colibris encourage les Groupes Locaux à partir des réalités vécues sur leurs territoires, à écouter les habitant·es et à co-construire des propositions concrètes. Ces récits locaux sont essentiels pour éviter les replis identitaires et redonner du sens à l’engagement écologique.
L’objectif : soutenir des dynamiques locales inclusives, renforcer la démocratie participative et porter des récits alternatifs fondés sur la solidarité et la justice sociale. Nous sommes convaincu que c’est en travaillant sur le fond, en récréant du lien dans les territoires, avec les citoyen·nes, que nous ferons reculer les discours de haine.

L’ouverture plutôt que le repli
Les crises que nous traversons ouvrent des possibles, mais aussi des dangers. L’écologie peut être un levier d’émancipation collective, ou un prétexte à l’exclusion. À Colibris, nous faisons le choix clair d’une écologie solidaire, démocratique et profondément humaniste.
Cela demande de la vigilance, de la formation et du courage dans les moments de doute. Les collectifs citoyens et les associations ont un rôle central à jouer pour faire vivre cette écologie inclusive sur les territoires, en lien avec les habitant·es.
Les prochaines années seront décisives. À nous de continuer à choisir l’ouverture plutôt que le repli, la coopération plutôt que la peur, et l’humanisme plutôt que la haine.

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