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Elles habitent en Gironde, non loin de Bordeaux et sont bénévoles du groupe local (GL) Colibris. Avec leurs mots elles racontent l’indicible, la stupeur, la colère face aux incendies qui ravagent leur région.

Incendie 2026 : « il y aura un avant et un après »

Elles s’appellent Cécile, Coraline, Béatrix. Elles habitent en Gironde, non loin de Bordeaux et sont bénévoles du groupe local (GL) Colibris. Avec leurs mots elles racontent l’indicible, la stupeur, la colère face aux incendies qui ravagent leur région.
Elles ont accepté de partager leurs histoires avec nous, avec vous car, membres du cercle cœur du GL, elles portent haut les valeurs et la raison d’être du Mouvement Colibris telles que formulées dans notre Manifeste et qui semblent, presque 20 ans après leur rédaction, d’une cruelle actualité  : 

« Depuis ses débuts, le Mouvement Colibris dénonce l’incendie qui se propage partout et qui est de plus en plus visible. Les pleins pouvoirs de l’argent et une vision utilitariste du vivant, incluant l’exploitation de l’humain par l’humain, ont déclenché une prédation des ressources naturelles qui met aujourd’hui en danger la vie sous toutes ses formes. L’incendie se propage très vite, notamment à cause de l’uniformisation des espaces, des cultures et du vivant, mais aussi des bouleversements climatiques. »

Cécile
« Vendredi 24 juillet, 18h10. Je réintègre ma maison à Gradignan. A Bordeaux, j’ai vu une cousine dont la maman de 93 ans a été évacuée du bassin d’Arcachon la nuit précédente de sa maison, qui est dans sa famille depuis trois générations.
Je vérifie sur les plans actualisés et notamment les sites de la NASA : le feu progresse. Tellement vite. Je sais déjà que la forêt du Grand Crohot, la plage où m’emmenaient mes parents quand j’étais gamine, a brûlé la nuit dernière. Mon cœur saigne pour ce sanctuaire, que je ne reverrai jamais intact de mon vivant. Comme pour Le Porge, ce village que j’avais découvert récemment et qui a pris cher, très cher. »

« Puis, je relève les yeux. Ma maison est cernée par la fumée. Et là, tout bascule. Une barrière est tombée. Je n’ai plus seulement peur pour les autres. Le feu arrive. Dans l’heure qui suit, je parle avec ma tante, qui affronte le brasier pour aller chercher ses parents octogénaires sur le bassin d’Arcachon. Et j’ouvre grands, les canaux d’information. »

« Pendant trois jours, je ne vais pas ou peu, pouvoir penser à autre chose. Sur le bandeau d’une chaîne d’info en continu, je découvre que les flammes sont aux portes d’Andernos, où je passais mes étés petite fille dans le cabanon de mes grands-parents. Par les membres de l’association locale d’entrepreneuses à laquelle j’appartiens, j’apprends que l’évacuation menace dans les communes limitrophes. La nuit, je reste sur le qui-vive, dans l’attente de la possible sonnerie qui me donnerait le signal. Je dors peu. Mais je suis privilégiée : si besoin, ma famille est prête à m’accueillir. Je pèse les arguments entre un départ anticipé et l’attente que la décision soit prise pour moi. Dimanche, j’évalue à une dizaine de kilomètres la distance entre le feu et moi. »


« Derrière la sidération qui m’habitera tout le week-end, une autre émotion monte. De plus en plus fort : la colère. La fureur. La rage. Avant le choc, je préparais déjà la rentrée avec les associations dans lesquelles j’agis : imaginer et construire un futur désirable avec les Colibris et 2030 Glorieuses. Il y aura un avant et un après. »


Coraline, 29 juillet
« La forêt continue de brûler et je ne trouve toujours pas les mots. Je pense à mes amis les pins et à tous les êtres vivants pris au piège des flammes. Je pense à nous impuissant face au carnage. Puissions-nous préserver la solidarité à l'œuvre en ce moment et régénérer ce qui doit l'être. »

Béatrix, 29 juillet
« Le feu de Marcheprime est assez proche de mon quartier (à peine 10 km), mais il semble se résorber. C'est maintenant plus au nord que cela craint. Les vents nous ont épargnés, ce qui fait que toutes les communes proches ont été évacuées sauf nous. Notre maire a prévenu que si Pessac devait être évacué ce serait nous d'abord. J'étais à Montpellier et suis revenue en catastrophe pour me préparer à cela. J'avoue que Dimanche j'étais plutôt stressée car j'habite non loin d’un bois avec un jardin extrêmement sec et que les brandons peuvent voler 1 km. Ce qui explique la rapidité d'extension de l'incendie. Et l'air était difficilement respirable. Je suis plus détendue maintenant, même si souvent en fin de journée la fumée revient.
Je connais au moins une personne dont la maison principale a entièrement brûlé (elle habitait Le Porge) et quatre dont la maison, proche des incendies, est menacée. Enfin je ne compte plus les évacués dans mon entourage. Bref c'est une drôle d'ambiance.mais pour l'instant je me dis que cela va aller. »


Avec leurs mots, Cécile, Coraline et Béatrix expriment leur quotidien et leurs émotions. Comme elles, chaque jour, à travers la France, l’association et les groupes locaux Colibris se mobilisent pour sensibiliser aux enjeux de la transition écologique dans leur territoire et mettre en œuvre des initiatives pour la transition : mobilité douce, nettoyage du littoral, compostage de déchets bio, agriculture bio, ateliers de réparation... Nous rappelons la nécessité d'agir, après les alertes partagées depuis des décennies par les scientifiques et ignorées par les politiques. Nous sommes face à un enjeu collectif : protéger nos communs, le vivant humain et non-humain, ce qui nous est cher et pour lequel nous pouvons, nous devons, faire notre part ensemble.

Retrouvez également notre article : La canicule, un enjeu politique 


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