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3 questions à Loïc du Boishamon



Loïc du Boishamon coordonne le projet de l’association Soli’Niort, une épicerie coopérative et solidaire à Niort. Très innovante sur les relations sociales qu’elle promet autour de l’alimentation, cette « supérette » souhaite garantir un accès digne et durable à l'alimentation pour tous.



- Ta participation à cet atelier sur l’alimentation de l’Agora des colibris a-t-elle nourri ta réflexion pour les initiatives alimentaires que tu conduits au sein de Soli’Niort ?

En participant à l’Agora sur l’alimentation je ne m’attendais clairement pas à une telle richesse d’acteurs ! Réussir à faire asseoir autour d’une même table des élus, des citoyens, des entrepreneurs et des représentants associatifs sans qu’aucun de ces groupes n’aient une place prépondérante dans les débats relève presque du miracle. C’est pourtant ce qui a été fait avec brio.

Je suis donc reparti avec une vision plus globale du secteur, notamment des enjeux et contraintes à chaque stade de la chaîne alimentaire. À l’heure ou l’on souhaite aborder la question de l’alimentation de manière transversale, je pense notamment aux États Généraux de l’Alimentation ou aux Projets Alimentaires Territoriaux (PAT), ces connaissances permettent de mieux identifier les points de friction ou leviers potentiels. Grâce à la présentation sur ces PAT faite par Damien Montegu, de Terres en Villes, j’appréhende mieux le travail d’ingénierie que nécessitent ces dispositifs et les freins auxquels ils sont confrontés. Je suis donc mieux armé pour y contribuer, ou interpeller les élus locaux à ce sujet.

Ensuite, la question de l’accessibilité, notamment pour les personnes en situation de précarité, a été abordée. Je me suis rendu compte que ce point était trop peu évoqué dans les débats, et pas assez présent dans les projets qui voient le jour. Il y a un gros travail de plaidoyer à effectuer sur le sujet, qui n’est pas la propriété des associations caritatives, car si nous voulons des systèmes alimentaires durables il est nécessaire de s’adresser à tous les citoyens.

J’ai également pu rencontrer de nombreux professionnels avec des connaissances formidables. Confronter le projet d’épicerie coopérative et solidaire que je pilote à leurs regards expérimentés a été très fructueux pour moi. J’ai gardé contact avec certains, on s’échange régulièrement des infos ou des outils.


- Si tu devais retenir un souvenir ou une parole durant ces six mois d’atelier, ce serait quoi ?


Cela pourrait paraître paradoxal, mais je pense que l’intervention qui m’a le plus touché est celle d’une dame travaillant en chambre d’agriculture et présente lors de la dernière session.
Elle a su trouver les mots justes pour nous faire part de l’extrême détresse dans laquelle sont une multitude de producteurs en agriculture conventionnelle. On ne doit pas oublier que ce sont avant tout des hommes et des femmes, parfois coincés dans un modèle duquel ils ne peuvent s’extraire, qui subissent de plein fouet la violence citoyenne et médiatique pro-bio.

Bien que je sois convaincu des bienfaits d’une agriculture sans intrants chimiques, je pense que chacun doit être vigilant face au dogmatisme de ses propos. Toutes les productions en AB ne sont pas respectueuses des écosystèmes, et ce n’est pas en condamnant les agriculteurs conventionnels qu’on les fera avancer dans le bon sens.

- Aurais-tu un conseil ou un souhait à formuler pour améliorer les prochains ateliers de l’Agora ?

Je souhaite vraiment que ces ateliers perdurent, pour la richesse dont je t’ai parlé.  À titre personnel, j’ai adoré le format de cette année, mais il est important d’identifier l’objectif recherché. Ces sessions nous ont permis de repartir "reboostés", avec des connaissances, et un réseau. Elles nous ont donné les éléments nécessaires pour impulser des changements sur nos territoires respectifs. C’est déjà une belle victoire.

Mais si nous souhaitons aboutir à une sorte de production collective à la suite de ces Agoras, il faut trouver un point qui rassemble. En l’occurrence, cela pourrait être l’endroit où ont lieu les sessions. Nous pourrions imaginer des sortes de "hackathon" de l’alimentation, regroupant élus communaux et participants divisés en groupes thématiques durant une journée complète, où chacun mettrait ses compétences à profit pour impulser un projet de transition alimentaire. Charge aux élus locaux de le concrétiser par la suite.


Pour aller + loin

- "Raconter, coopérer, expérimenter", bilan de l'Atelier Alimentation de l'Agora des colibris

Commentaires

Bonjour, Nous avons participé à la création d'une épicerie associative il y a 5 ans à Argentonnay. Cette épicerie a été créée pour prendre le relais de l’épicerie du village qui allait fermer
Je suis intéressé par les projets comme celui de Loïc, et souhaiterait le rencontrer pour échanger sur ces sujets, pouvez vous me donner son contact s'il est d'accord
F Lerique 06 76 45 02 11, [email protected]

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