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Agriculture : des chiffres-clés

En 2013, l’agriculture est le premier pourvoyeur d’emplois de la planète. Malgré l’exode rural massif et un taux d’urbanisation mondiale qui a franchi pour la première fois la barre des 50% en 20071, l’agriculture continue d’employer près de 40% de la population active mondiale, soit 1,3 milliard de personnes dans le monde2.

Pour autant, le secteur n’est pas durable, en l’état actuel. Notre agricole moderne est confrontée à de nombreux écueils, la plupart causés par l’utilisation d’engrais chimiques et par le dérèglement climatique qu’elle contribue elle-même à aggraver (on considère que l’agriculture mondiale est responsable de 20% des émissions de gaz à effet de serre). Se posent ainsi à l’agriculture d’importantes problématiques en termes de biodiversité, de désertification ou de ressources en eau. Celles-ci conduisent directement à la situation de pauvreté qui frappe le milieu agricole.

Tour d’horizon des principaux chiffres en la matière ; ces statistiques donnent à voir les enjeux de la transformation de l’agriculture. 

L’agriculture actuelle, une dépendance totale à la pétrochimie

De 1960 à 2010, le monde a multiplié sa consommation de pétrole par 8, pour atteindre 11,5 milliards de litres par jour aujourd’hui. Une partie de cette augmentation est imputable à l’agriculture et à l’utilisation massive de pesticides et d’engrais chimiques.

Aujourd’hui, plus de 90 % de la surface agricole est inondé de pesticides. 180 millions de tonnes d’engrais chimiques sont utilisés par an. On considère qu’entre 1945 et 1995, le volume de produits chimiques fabriqués par l’homme et utilisés comme pesticides a été multiplié par 42 et les formules commercialisées aujourd’hui sont 10 à 100 fois plus puissantes que celles qui étaient vendues en 1975. Le recours massif à ces intrants a des conséquences sanitaires importantes : il y a chaque année dans le monde un million d’empoisonnements graves par les pesticides, avec quelque 220 000 décès. Le plus fréquemment, les victimes d’intoxications aiguës par les pesticides sont les ouvrières, les ouvriers qui les produisent et les agriculteurs qui les utilisent.

La France est une grande consommatrice des produits de la pétrochimie. La France consomme 80 000 tonnes de pesticides par an, ce qui en fait le troisième utilisateur dans le monde après les États-Unis et le Brésil. Selon l’IFEN (Institut Français de l’Environnement), 96% des cours d’eau et 61% des nappes phréatiques en France contiennent au moins un pesticide. Ainsi, chaque Français ingère 1,5 kg de pesticides par an. 52,1% des fruits et légumes non bios vendus en France en contiennent des résidus, et 7,6% d’entre eux dépassent les limites autorisées. Récemment, les Amis de la Terre ont fait faire une enquête, visant à évaluer le niveau de présence de glyphosate – herbicide le plus vendu au monde, commercialisé par Monsanto sous la marque Roundup – dans le corps humain3. Sur les dix français testés, trois présentaient effectivement des traces de glyphosate dans leurs urines. Or, aucun des volontaires de cette expérience n’avait été en contact direct avec l’herbicide… A l’échelle européenne, des tests ont montré que 43,9% des échantillons analysés contenaient des traces du produit.
 
Cette agriculture chimique et intensive dévoile de nombreux impacts négatifs sur notre environnement.

Désertification et disparition des surfaces agricoles

Depuis 1945, 540 millions d’hectares de terres, soit l’équivalent de 38% de la surface cultivée actuellement sur la planète, ont été dégradés par des pratiques agricoles non viables et ont du être abandonnés. Les superficies affectées par la désertification atteignent 36 millions de km2 (soit près de 4 fois la superficie de la Chine).

Aujourd’hui, on considère qu’un tiers de la superficie des terres émergées du globe est menacé par la désertification, impactant plus de 250 millions de personnes actuellement menacées par ce problème. Selon la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, quelques 60 millions de personnes quitteront les zones désertifiées de l’Afrique subsaharienne pour remonter vers le Nord, entre 1997 et 2020. La conséquence est aussi économique : l’érosion de sols serait à elle seule responsable d’une perte équivalant à 20 millions de tonnes de céréales par an. Chaque année, 42 milliards de dollars sont donc perdus en raison de la désertification et de la dégradation des sols.

Aujourd’hui, plus de 110 pays ont des terres arides qui sont potentiellement menacées par la désertification. On considère que les zones sèches occupent 41,3% de la surface terrestre, et touchent 2,1 milliards de personnes. Ce chiffre révèle ainsi une problématique importante pour l’agriculture mondiale : l’eau, au cœur de l’inégalité Nord-Sud.

L’eau, symbole de réalités distinctes au Nord et au Sud

Le forum mondial de l’eau, qui s’est tenu l’année dernière à Marseille, a confirmé une statistique frappante : entre 1 et 2 milliards d’êtres humains, vivant pour la plupart en zone aride, n’ont pas accès à l’eau potable. Pis, selon le scénario du changement climatique, en 2030, près de la moitié de la population mondiale vivra dans des régions à déficience hydrique élevée.

Pour assurer son bien-être de base, on considère que chaque individu a besoin d’un minimum de 2 000 m3 d’eau par an ; les habitants des zones arides n’ont accès qu’à 1 300 m3.

A l’échelle mondiale, l’agriculture est responsable de près de 70% de la consommation globale en eau, contre 20 % pour l’industrie et 10% pour les usages dit "domestiques". L’agriculture consomme aujourd’hui deux fois plus d’eau qu’il y a 50 ans, mais 70% de cette eau est perdue en évaporation et ruissellement. Cette consommation d’eau participe également du processus d’érosion des sols : l’irrigation effrénée salinise les sols, et rendrait ainsi infertile entre 1,5 et 2,5 millions de terres supplémentaires chaque année.

Mais l’accès à cette ressource n’est pas un problème partout ; en Europe, la disponibilité de l’eau a favorisé le développement d’une agriculture et d’une alimentation particulièrement consommatrices. Près de 5 milliards de m3 sont prélevés chaque année en France pour les besoins de l’agriculture4. Le régime alimentaire européen n’est pas soutenable car il requiert trop d’eau : la revue Ecological Indicators a démontré récemment que les produits alimentaires y représentent en effet 84 % de l’empreinte en eau de l’Europe. En diminuant les consommations de viande5, de graisses animales et de sucre, on pourrait réduire cette empreinte de 23%. Ce changement de régime alimentaire aurait également un impact positif en termes de santé publique.

L’eau représente justement un enjeu sanitaire réel : chaque année, 250 millions de cas de maladies liées à la pollution de l’eau sont recensées. L’agriculture, par l’usage d’engrais de synthèses et de différents traitements (produits phytosanitaires), en est en bonne partie responsable de la contamination des nappes phréatiques. Ainsi on estime qu’en France, l’agriculture intensive est responsable de la pollution de l’eau à hauteur de 70%6.

Sources

- "STOP", Laurent de Bartillat et Simon Rettalack, éditions Seuil, oct. 2003.
- "Vers l’autonomie alimentaire", Frédérique Basset, éditions Rue de l’échiquier, oct. 2012.
- Film "La Soif du monde", de Yann Arthus-Bertrand.
- UNDDD (Décennie des Nations Unies pour les Déserts et la lutte contre la désertification)
- L’âge de faire, n°77, juillet-août 2013-07-07
- "Coûts des principales pollutions", site du Ministère du Développement Durable, juin 2012.

Notes

1 Voir J. Véron, "La moitié de la population vit en ville" (pdf), Population & Sociétés, juin 2007, n°435.
2 Estimation 2011 sur une population de 3,3 milliards d’habitants, FAOStat.
3 Plus d’informations ci-suit : http://www.amisdelaterre.org/glyphosate.html
4 Cf Arnaud Mokrani, "L’eau et les activités agricoles", Agence de l’eau Seine-Normandie, 2009.
5 On considère que 13 000 litres d’eau sont nécessaires pour produire 1 kg de boeuf.
6 Cf l’enquête de mars 2012 de l’association UFC-Que choisir sur l’eau du robinet.

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