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Entretien avec Cyril Dion

Après Demain, vers un nouveau récit


photo : Patrick Lazic

Après le succès de Demain, vu par plus d'un million de personnes en France, et distribué dans 27 pays, Cyril Dion revient sur nos écrans, télé cette fois, avec Après Demain, diffusé sur France 2 mardi 11 décembre, et visible sur le site de France Télévision jusqu’au 17 décembre. Demain a déclenché chez de nombreux spectateurs une volonté d'être désormais acteurs de leur territoire. Des centaines d'initiatives ont germé. Avec Laure Noualhat, journaliste, il part à la rencontre de ces projets nés suite au film. Il montre que plus les citoyens, les entreprises et les élus locaux travaillent ensemble, plus le projet a de chances de se développer.



- Comment t'est venue l'idée d'Après Demain ?

À vrai dire, c’est une commande de France 2, qui souhaitait faire un film qui donne une idée de l’impact de Demain à l’occasion de sa première diffusion “en clair” à la télévision. Nous avions entendu tellement d’histoires de personnes qui disaient avoir engagé des projets, parfois changé de vie après avoir vu le film, qu’il était intéressant d’aller voir. C’est Laure Noualhat, qui est journaliste et qui était extérieure à notre équipe initiale, qui est partie faire cette enquête. Je n’ai presque pas tourné d’images, simplement fait quelques interviews et travaillé sur le montage et la structure avec notre monteur Aurélien Guégan et Laure.


- D'après toi, quels sont les projets qui marchent, et ceux qui ne marchent pas ?

Les projets qui marchent sont en général ceux qui engagent une coopération entre élus, entrepreneur et citoyens, la plupart du temps sur un territoire. On le voit dans le film avec le parc éolien citoyen d’Avessac par exemple. À des échelles plus larges, c’est plus compliqué.

Ceux qui ne marchent pas sont souvent ceux qui manquent d’organisation et de stratégie. Des élans plein de bonne volonté mais que n’ont pas les moyens de leurs ambitions et pas de plan précis pour parvenir à leur objectif. C’est l’exemple que nous donnons du formidable groupe qui s’est constitué à Vienne et qui, malgré près de 400 membres à son plus haut et plein de chouettes projets, n’a pas réussi à engager des transformations vraiment significatives dans la ville.

Les projets qui marchent sont en général ceux qui engagent une coopération entre élus, entrepreneur et citoyens, la plupart du temps sur un territoire.

- Tu montres dans le film des entrepreneurs, des élus qui semblent vouloir changer. Penses-tu qu'ils puissent être guidés autrement que par le court-termisme ? 

Certains comme Éric Piolle à Grenoble ou Anne Hidalgo à Paris me semblent sincèrement inquiets du futur et désireux d’engager des changements en profondeur. Je crois aussi qu’Emmanuel Faber, le PDG de Danone, a compris que le modèle actuel n’est pas viable. Mais chacun d’eux est rattrapé par des exigences de court-terme, liées au système dans lequel ils sont insérés. Un modèle démocratique pour les uns, où l’échéance électorale, les lobbys, les pressions empêchent souvent de mettre en œuvre des projets aussi ambitieux qu’on le voudrait, et un modèle économique, pour les autres, qui cherche avant tout de la rentabilité, du rendement. Le modèle d’une multinationale comme Danone est, par nature, antagoniste avec l’objectif d’avoir un impact positif sur les écosystèmes et sur une redistribution juste des richesses par exemple. C’est pour cela qu’il est intéressant de voir qu’un autre récit du futur percute des personnes qui ont autant de pouvoir. Reste à savoir ce que cela peut donner dans les faits. Vendre de l’eau en bouteille ou des produits laitiers suremballés au monde entier, ça reste assez anti-écologique...

Déjà présent dans Demain, Rob Hopkins revient dans Après Demain !

- De même, penses-tu les citoyens prêts à se défaire de leur mode de vie ?

Cela dépend ce qu’on leur propose. Le philosophe Bertrand Méheust écrivait dans La Politique de l’oxymore* : « Aucun système démocratique ne semble pouvoir fonctionner aujourd’hui en dessous d’une certaine pression de confort. » Cela reste la demande principale des électeurs : faire fonctionner un système qui garantisse à tous un emploi, un revenu et les moyens de s’insérer dans la société de consommation avec tout ce qu’elle promet. Tant que nous n’aurons pas collectivement — en tant que société — changé de perspective sur ce qui constitue le progrès humain, sur ce qui donne du sens à nos existence, sur ce qui peut nous rendre heureux (ce que j’appelle changer de récit), il sera très compliqué de convaincre les Français, comme les Chinois ou les Américains, de modifier en profondeur leur façon de vivre.

Tant que nous n’aurons pas collectivement changé de récit, il sera très compliqué de convaincre les Français, comme les Chinois ou les Américains, de modifier en profondeur leur façon de vivre.

- Comment transformer la multitude des initiatives locales en un mouvement convergent pour changer vraiment notre société ? 

Si j’avais la réponse à cette question, je crois que je l’aurais déjà transmise à tous les intéressés ! La piste que je développe dans mon dernier livre Petit Manuel de Résistance Contemporaine, est la conjonction entre une bascule culturelle — ce fameux changement de récit — qui porte en lui une nouvelle vision de l’avenir, de nouvelles valeurs, de nouvelles normes et un rapport de force. Pour que ce nouveau récit émerge il est nécessaire que des personnes inventent de nouvelles façons de vivre et que d’autres communiquent ces histoires. Pour que le rapport de force s’engage de façon efficace, il me paraît indispensable que le mouvement écologiste s’organise et élabore des stratégies...


- Observes-tu l’émergence de ce nouveau récit dans certains aspects de nos mode vie ? 

Culturellement oui. Je vois que les conversations ont changé ces dernières années sur toutes ces questions, que notre vision de l’avenir est en train de se modifier. Mais il ne s’incarne pas encore dans des structures collectives à grande échelle.


- Tes prochains projets ?

Je travaille depuis deux ans à un scénario de fiction. Un film d’anticipation. J’espère avoir terminé en janvier. J’écris également un projet documentaire avec un film cinéma et cinq épisode pour la télévision. De quoi m’occuper !


Pour aller + loin

- Après Demain, disponible en streaming sur le site de France Télévision jusqu'au 17 décembre.

- Demain, disponible en édition limitée DVD + livre, sur la Boutique des colibris.



*  La Découverte, 2009

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