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Mode d'emploi

Éco Hameau du Plessis #2

Construire sa maison soi-même, une gageure !


De l’huile de coude, un brin d'ingénierie, les bons matériaux et pas mal d’entraide : la recette pour réussir sa maison écolo ! Portrait d’une famille qui s'est construit son propre toit...


Lucile et Abel sont encore dans les cartons et les travaux. Leurs deux enfants dorment pour l’instant dans la future cuisine. Lucile s’excuse du désordre, en nous frayant un chemin jusqu’à une table en bois où s’installer pour discuter ensemble. « On n’a pas encore eu le temps de déballer. Et de toute façon, il y a encore des parquets et des enduits à faire à l’étage ! ». En cette deuxième semaine d’août, les deux parents mettent les bouchées double pour assurer une rentrée des classes sereine à leurs enfants. Lucile aussi reprend son poste d’institutrice dans la petite ville voisine de La Loupe, situé à douzaine de kilomètres. En dépit du rush, la joie d’être là est palpable.

Le rêve d'une maison individuelle... au sein d'un collectif

Elle est institutrice, il est menuisier. Depuis plusieurs années, ils venaient deux à trois fois par an se ressourcer centre Amma. Ils seraient volontiers restés dans l’Oise où ils ont grandi et vécu jusque-là, mais une tentative avortée de création d’un habitat participatif avec quelques familles les a poussés à ouvrir leur horizon. Lorsque en 2016, ils apprennent l’existence du projet d’éco-hameau, ils décident donc de le rejoindre pour réaliser leur rêve de maison individuelle… au sein d’un espace collectif !

La maison auto-construite de Lucile et Abel - Christine Laurent

Au moment où ils rejoignent le projet, le comité de pilotage a déjà pris des décisions importantes comme la validation du cahier des charges qui fixent les règles de construction ou celles de la gouvernance de la future association syndicale libre, amenée à gérer les biens communs.

De week-ends partagés avec les futurs acquéreurs en consultation du wiki dédié au projet, Lucile et Abel trouvent peu à peu leur place. Ils participent une fois par trimestre à des rencontres du collectif, qui se déroulent sur un week-end. La première journée est consacrée aux échanges sur les bâtiments communs, à l’information sur l’avancement des démarches administratives, aux jeux pour apprendre à se connaître. Le lendemain, le « faire ensemble » est privilégié : ramasser des petits cailloux pour remplir les fosses de plantations, planter, pailler, tailler les arbres, construire les stations de phyto-épuration sous la conduite de Célia qui a suivi la réalisation de la première station par des professionnels

Un chantier participatif en juillet 2020 pour construire un poulailler mobile, aujourd'hui habité par 5 poules...- Christine Laurent

De l'auto-construction grâce à de la formation

Abel a en tête d’auto-construire leur maison. Un désir bien ancré chez cet esprit ingénieux. Pour y parvenir il collecte divers exemples dans son entourage, et se forme à SketchUp, un logiciel de modélisation 3D orienté vers l'architecture. Il conçoit ainsi lui-même les plans de leur maison en tenant compte des règles bioclimatiques : atelier pour les outils et toilettes sèches au Nord, espaces vitrés au Sud. « On s’est inspiré de notre maison de l’Oise pour dimensionner les pièces », précise-t-il. Afin de déposer lui-même le permis de construire sans avoir à recourir à un architecte, il limite la surface habitable à 149 m2 et fait tourner ses plans auprès de connaissances expérimentées. 

Abel a en tête d’auto-construire la maison familiale. Pour y parvenir il collecte divers exemples dans son entourage et se forme...

Parallèlement, acte de vente du terrain en poche - la signature a lieu le en février 2018 - Lucile et Abel démarchent les banques. Ils rencontrent une certaine résistance, autant à cause du projet d’auto-construction que du fait qu’ils habitent encore dans l’Oise et que la maison à construire est dans l’Eure-et-Loir. Finalement, en décembre 2018, le crédit coopératif, intéressé par leur démarche, s’engage sur leur plan de financement.

Des techniques écologiques et low-tech

Mais la saison hivernale n’est guère propice au démarrage du chantier ! Abel attend le printemps pour créer la dalle qui portera la bâtisse. À l'intérieur de la semelle de ciment qui court sous tous les murs, il décaisse la terre, puis empile un hérisson de calcaire dans lequel passe les réseaux (eau, électricité…), deux épaisseurs de plaques de liège croisées et une dalle de chaux sur laquelle seront posés des carreaux de terres cuites. « Ce sandwich de 51 cm d’épaisseur permet de bien s’isoler du sol ».

Pose du parquet sur un lit de terre servant d'isolant - Christine Laurent

La technique de construction s’inspire en fait de celle, très éprouvée, du Groupement de Recherche de l'Éco-hameau de la Baie (GREB) au Québec. Mais Abel a choisi une structure différente composée d’une double ossature en bois qui sert à accueillir des bottes de paille, lesquelles constituent à la fois le cœur du mur et l’isolant. La partie extérieure des murs est réalisée avec un mélange à parts égales de plâtre gros et de sciure projetée sur la paille, puis d’une finition en sable et argile. « Un oncle agriculteur nous a fait les bottes à la bonne dimension, l’argile et la terre cuite du sol viennent d’une briqueterie du Pays de Bray » précise Abel. Une manière de faire un trait d’union avec le Beauvaisis qui reste si cher au cœur de Lucile. La toiture, elle, est en grande partie végétalisée pour rafraîchir la maison l’été. Un bardage en bois protège également les murs extérieurs.

Abel est exigeant sur la qualité écologique qui conjugue à la fois des matériaux sains et peu transformés, et techniques sophistiquées

Des travaux longs et difficiles mais un résultat épatant

Tandis qu’Abel est à Pontgouin sur le chantier, Lucile termine l’année scolaire 2019 sur son poste d’institutrice avec les enfants à Maulers. Elle obtient sa mutation dans une école de La Loupe pour la rentrée suivante. Et dès l’été, la famille s’installe dans l’appartement du centre du village, laissé vacant par les Labonne, premiers habitants de l’éco hameau. « On a pu faire les travaux et en même temps s’intégrer au village. Épatant !  ».

Ici, la terre du jardin qui comble l'espace entre les lambourdes sert d'isolant phonique - Christine Laurent

Abel est exigeant, sa maison d’une belle qualité écologique conjugue à la fois des matériaux sains et peu transformés, et des techniques sophistiquées. Il récupère les lattes de bois qui séparaient les planches du bardage extérieur de la maison pour construire les cloisons intérieures, selon la technique ancienne des murs en lattis remplis d’un mélange de terre et de paille. Il isole phoniquement l’étage en mettant de la terre de jardin entre les lambourdes du parquet. Un coffre-cave a même été aménagé dans le sol de la cuisine pour stocker les légumes. La maison est aussi dotée d’une ventilation mécanique contrôlée à double-flux pour aérer sans déperdition d’énergie, de mousseurs pour économiser l’eau, d’ampoules basse-consommation, d’un chauffe-eau solaire et d’un poêle à granulés.

« Je n’ai pas fait le calcul, mais notre maison stocke peut-être plus de carbone qu’il n’en a fallu pour la construire. Et à l’usage, sans être passive, elle va peu consommer. »

« Je n’ai pas fait le calcul, annonce fièrement Abel, mais notre maison stocke peut-être plus de carbone qu’il n’en a fallu pour la construire. Et à l’usage, sans être passive, elle va peu consommer. » En plus d’être confortable et saine, et du fait de l’investissement du couple et des amis venus les aider, le prix global se situe autour de 220 000 euros. La somme demeure rondelette. Mais largement inférieure aux prix du marché pour une maison neuve de 149m2 d’une telle qualité. 

 

En savoir plus

  • Le GREB est un organisme à but non lucratif créé en 1990, dont la mission est de favoriser l’essor d’un mode de vie écologiquement, socialement et économiquement viable selon trois axes d’intervention : recherche, expérimentation, éducation et action civique.
  •  Le site de l’éco hameau du Plessis 



La série “Tour de France des écolieux”, en libre accès, est produite par 
le magazine en ligne de Colibris, en partenariat avec l’Agence de la Transition Écologique (ADEME).

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