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La forêt comme dernière demeure


À Arbas, petite commune de Haute-Garonne, a vu jour au printemps 2019 la première forêt cinéraire française : une forêt où l'on peut enterrer ses morts dans une urne écologique placée au pied des arbres. Au delà de la dimension économique (une concession à perpétuité coûte 250 €), ce type de dispositif permet la sanctuarisation de la forêt, en la protégeant de toute exploitation pour l’éternité. Cet espace boisé sort du champ économique, retrouve sa naturalité et permet l’émergence d’arbres vénérables...


Photo : Mali Maeder

Les forêts cinéraires sont des espaces boisés délimités dans lesquels il est possible d’enterrer les cendres des défunts au pied d’un arbre. Cette pratique, répandue en Allemagne depuis une vingtaine d’années, fait ses premiers pas en France… Non sans difficultés.

C’est à Arbas, petite commune de Haute-Garonne, qu’a vu le jour la première forêt cinéraire française. Au printemps 2019, sur décision du conseil municipal, un bois d’une superficie de 1,25 hectare est sanctuarisé pour cet usage. La gestion du site cinéraire revient à la commune qui, elle-même, collabore avec les opérateurs funéraires signataires de la « charge d’engagement », sorte de cahier des charges destiné à encadrer l’activité. Chaque particulier qui le souhaite peut faire l’acquisition d’un emplacement, sélectionner un arbre et y faire enterrer une urne biodégradable avec les cendres de son corps après sa mort. L’urne doit également répondre au cahier des charges de la commune : dans le cas présent, seules les urnes en lin - écologique et traçable – répondant aux conditions réglementaires sont autorisées.

Cime’Tree, le seul opérateur funéraire ayant signé la charte d’engagement sur la commune. Il propose à l’achat ou fournit le tissu à celles et ceux qui voudraient coudre ! Enfin, une feuille de bois faisant office de stèle est attachée au tronc de l’arbre en mémoire des disparus...

Source : France 3 Occitanie

Inaugurée en mai 2019, cette forêt cinéraire a rencontré un tel succès qu’en novembre de la même année les trois quarts des 216 concessions avaient déjà été réservées et les cérémonies programmées. C’est alors que les services de l’Etat ont exigé la suspension du projet, le temps de procéder à une analyse juridique diligentée par le ministère de l’Intérieur. Il semblerait que la Fédération Française de Crémation (FFC) n’y soit pas pour rien, ayant pointé dès septembre la question de l’accès à l’ensemble des opérateurs funéraires dans une logique de libre concurrence…  « Le cimetière doit répondre à des préalables, il doit être clôturé et prévoir un libre accès à tous les opérateurs funéraires, déplore Frédérique Plaisant, présidente de la FFC. Ce qui visiblement n’est pas le cas à Arbas puisque les usagers sont mis en relation avec un seul opérateur préalablement désigné. […] On se demande légitimement si les procédures d’appels d’offres pour choisir cet opérateur ont été respectées et si tous les autres opérateurs y ont eu accès ou pas ». La mort aussi doit strictement répondre aux règles du libre marché. 

Un cimetière qui permet la sanctuarisation des forêts

Le concept de forêt cinéraire présente de nombreux avantages. Outre les « bénéfices » d’ordre spirituels et économiques (une concession à perpétuité coûte 250 €), ce type de dispositif présente des avantages écologiques. Il permet en effet la sanctuarisation de la forêt, en la protégeant de toute exploitation pour l’éternité. Cet espace boisé sort du champ économique, retrouve sa naturalité et permet l’émergence d’arbres vénérables. La sanctuarisation de forêts n’est pas un phénomène nouveau en France, mais cette nouvelle pratique pourrait permettre d’accélérer le processus en ne dépendant ni des politiques des parcs naturels ni des acquéreurs privés. En outre, la forêt cinéraire limite l’artificialisation des sols liée à l’étalement des cimetières, les dépenses d’eau et d’intrants chimiques liées à leur entretien, et l’empreinte carbone des stèles en pierre.

Photo : Pixabay

A Arbas, la forêt cinéraire a finalement su convaincre les différentes parties prenantes : l’analyse du ministère a requis des précisions liées à l’inhumation d’urnes biodégradable et l’identification du site par une signalétique renforcée, mais n'a pas remis en cause la légalité du dispositif. La commune a pu établir qu’elle était dans son droit et les premières inhumations ont eu lieu au mois de mai 2020. Ce projet pilote est en passe de faire ses preuves et plusieurs territoires s’intéressent déjà à son essaimage...


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