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Chronique Le Jardin sans pétrole #12

Honneur aux cloportes !


Jardiner dans la grande ville ? Difficile. Alors, Christine s’échappe toutes les fins de semaine, pour maraîcher et observer la nature. Médiatrice, écrivaine et journaliste, Christine écrit et expérimente autour des plantes, des jardins et de l’écologie, à Reporterre, où elle tient la chronique hebdomadaire du "Jardin sans pétrole" depuis cinq ans, mais aussi pour les éditions Belin, avec L’herbier Vilmorin (2015).



Au Jardin sans pétrole, l’activité saisonnière est toujours à la couverture du sol par des feuilles mortes. Sous leur protection s’épanouissent une multitude de petites bêtes indispensables au grand cycle de la nature, dont les cloportes, experts en dégradation de la cellulose.                       

Enfin la pluie et le vent qui font tournoyer les feuilles d’automne ! Nous avons à nouveau fait le tour des espaces minéralisés autour des bâtiments du centre équestre et rapporté suffisamment de feuilles mortes pour recouvrir nos planches d’un tapis végétal. Une manière de dire merci à la terre pour tout ce qu’elle nous a donné cette année et de lui offrir les meilleures conditions d’un repos bien mérité. À cela s’ajoute le sourire de la propriétaire, débarrassée de la corvée de nettoyage.

Toute action est perçue à l’aune de l’objectif de celui qui la mène. Là où d’autres peuvent s’agacer de ces feuilles qui tombent sur leur terrasse et salissent, je récolte de la nourriture pour ma terre pour qu’elle se régénère sans brusquerie jusqu’au printemps. Cette biomasse carbonée attire des petites bêtes qui vivent au ras du sol, parmi lesquelles les cloportes.

Forme ovale, dos rond blindé, deux paires d’antennes, des pattes qui bifurquent, à peine plus d’un centimètre de long pour moitié moins de large, le cloporte commun (Armadillidium vulgare), est le plus courant en Europe. Il mène une vie discrète dans les endroits sombres et humides, ce qui lui permet d’échapper au talon des humains qui n’hésitent pas à l’écraser d’une rotation de la cheville. Quand il est menacé, le cloporte se roule en boule et ressemble à une perle striée.

Il est singulier, témoin de la conquête de la terre ferme par les arthropodes marins, ancêtre des insectes de cette même gigantesque famille. C’est l’unique crustacé terrestre présent en Europe, doté d’un exosquelette et de branchies pour respirer. Quand il n’est pas occupé à se reproduire (plusieurs fois par an), il s’active à découper des végétaux en mille morceaux. Feuilles, bois mort, champignons… tout ce qui contient de la cellulose est fragmenté à coup de mandibules. Dans le tube digestif du cloporte vit une microflore variée, un biome spécialisé dans la dégradation de la cellulose qui structure les parois des cellules végétales. Il opère une intervention indispensable dans la chaîne alimentaire qui conduit à la production de nutriments assimilables par les plantes.


Source : Christine Laurent pour Reporterre

Photo : un cloporte commun. Wikipedia (Franco Folini/CC BY 2.5)

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