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Les insectes volants sont au bord d'une catastrophe imminente


Article publié sur le magazine Usbek & Rica, le 19 octobre 2017


D’après une étude publié mercredi sur la revue PLoS One et mise en lumière par Le Monde, 73 % de la population des insectes volants a disparu en 27 ans en Allemagne. La situation pourrait être similaire ailleurs en Europe. Grâce aux données issues des captures d’insectes sur des espaces protégés depuis 1989, Caspar Hallmann (Radboud University, Pays-Bas) et son équipe de chercheurs, sont en mesure de sonner l’alarme. Les pratiques agricoles et les pesticides en seraient les principaux responsables.



Le peuple de l’herbe souffre en silence. Si discret soit le monde des insectes, il n’en reste pas moins capital pour l’équilibre de l’écosystème, l'entomofaune est un maillon essentiel de la chaîne alimentaire. En moins de 30 ans, c’est donc près de 80 % de la population des insectes qui aurait chuté en Allemagne, et si le cas des abeilles domestiques était déjà connu, c’est une catastrophe bien plus large que constatent les chercheurs. En comparaison, sur la même période, le déclin des vertébrés sauvages est estimé à 58 % explique Caspar Hallmann.

Pesticide, insecticide, écocide

Pour affirmer que les principaux responsables de cette catastrophe sont bien de nature anthropique, les chercheurs ont rassemblé les données sur les mesures d’abondance d’insectes faites entre 1989 et 2016, dans 63 aires protégées d’Allemagne. À partir de la masse d’insectes pris dans les pièges non sélectifs, il est possible d’évaluer la santé d’une population. « Les auteurs ont ensuite fait un gros travail statistique pour chercher des liens entre la diminution de l'abondance des insectes et différents facteurs comme la température, les sols, la biodiversité végétale sur le site, les changements du paysage environnant, explique Bernard Vaissière au Monde, spécialiste de la pollinisation et des abeilles sauvages (INRA), qui n'a pas participé à ces travaux. Or ces facteurs interviennent localement, mais ne peuvent pas expliquer le déclin au cours du temps ».

« Les nouvelles méthodes de protection des cultures sont associées à un déclin général de la biodiversité des plantes, des insectes, des oiseaux et d'autres espèces »

« Notre analyse permet d'écarter certains facteurs, comme le changement climatique ou la perte de biodiversité végétale, qui sont parfois avancés pour expliquer le déclin des insectes », détaille M. Goulson (université du Sussex, Royaume-Uni), coauteur de ces travaux. En effet, l’augmentation de la température favorise l’accroissement des populations d’insectes. Hors, malgré les changements climatiques, l’équipe a tout de même constaté leurs chutes.

(Crédits : Lennart Tange, CC BY 2.0)

Dernier point, 94 % des aires protégées analysées pour l’étude sont cernées par des zones de cultures agricoles. D’après les chercheurs, cela indique que l’évolution des pratiques des agriculteurs a eu un impact sur l’effondrement des populations d’insectes des aires protégées. Les scientifiques précisent que d’autres travaux ont déjà prouvés que « l'intensification agricole, dont la disparition des marges des parcelles et les nouvelles méthodes de protection des cultures sont associées à un déclin général de la biodiversité des plantes, des insectes, des oiseaux et d'autres espèces ».

Partout en Europe ?

Si l’étude a été réalisée en Allemagne, elle laisse présager une situation guère plus enviable pour le reste de l’Europe, les techniques d’agricultures y étant très similaires. En France, le CNRS a lui aussi constaté dans une de ses zones de recherche que 85 % de la population d’une espèce de coléoptère avait diminué en vingt-trois années.

Le principal suspect serait l’enrobage des semences, techniques qui consiste à recouvrir les semis d’engrais traités avec des insecticides néonicotinoïdes. D’après une étude réalisée par le chercheur suisse Alexandre Aebi à l’Université de Neuchâtel sur des échantillons de miel du monde entier, on retrouve la présence des néonicotinoïdes sur les trois quart d'entre eux. « Il existe une variété de moyens par lesquels ces substances peuvent passer des zones cultivées vers des zones sauvages et des aires protégées », confirme Alexandre Aebi. « Nous avons relevé dans ces miels une teneur moyenne de 1,8 microgramme de néonicotinoïdes par kilo. C'est plus de dix fois au-dessus du seuil à partir duquel des effets délétères sont documentés sur certains insectes... ».

Alors que l’Europe peine à interdire le Glyphosate de Monsanto suspecté d'effets ravageurs sur l’homme, il est peut-être déjà trop tard pour protéger les insectes d’une catastrophe imminente dont nous sommes seuls responsables.

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