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L’effondrement vu par les groupes locaux colibris

Les 17, 18 et 19 avril 2020, les bénévoles des groupes locaux (GL) Colibris et le pôle relier de l’association Colibris ont vécu leur 14ème rencontre réseau des GL sous un format un peu particulier. Confinement oblige, il a fallu revoir le format habituel des rencontres en présence et s’adapter à la situation. Cette rencontre aurait pu simplement être annulée mais son fil rouge « Notre capacité d’action face aux effondrements », défini il y a déjà plus de 6 mois, avait  un écho particulier dans le contexte de crise sanitaire actuel du covid 19...


Au sein du mouvement Colibris, le sujet de l’effondrement fait partie de l’actualité. En effet, un groupe de travail issu du Cercle d'Orientation de l’association Colibris s'est emparé de la question depuis maintenant presque deux ans, dans l’intention de proposer aux bénévoles des groupes locaux Colibris des outils de communication ou des ressources permettant à la société civile d’accueillir ces questions d'effondrement. Ces bénévoles, confrontés de plus en plus par les interrogations du public, l'ont également fait remonter à plusieurs reprises auprès de leurs référents géographiques. Certains y ont même consacré des soirées-débats comme par exemple le groupe locale de Toulouse, le 21 février dernier, avec comme question centrale : « L’effondrement : survivre ou vivre enfin ? », ou des cafés-philo mensuels organisés par le groupe local de Nancy.

Comment faire face aux effondrements ?

Une des missions de l'association Colibris est de susciter le passage à l'action. C'est avec cet angle que les bénévoles ont été invités à plonger dans l'univers de la collapsologie. Cette discipline scientifique récente s’intéresse aux origines et aux impacts de l’effondrement supposé de notre civilisation. À explorer les différents chemins, intellectuels, créatifs, émotionnels, qui s'offrent aux humains d'aujourd'hui pour ajuster leurs façons d'être et d’agir.

Pour alimenter ces réflexions, un invité était présent, à distance : Julien Didier, coordinateur de Mycélium en Belgique. Mycelium est une organisation belge qui soutient les mouvements écologistes et sociaux par de la mise en réseau et de la réflexion sur des thèmes tels que les effondrements, les écoféminismes, les dominations systémiques,... Leur intention est de nourrir et accompagner les nombreux débats qui ont lieu sur ces questions, en favorisant le dialogue entre différentes approches, et en intégrant même les approches critiques de la notion d’effondrement(s). 

Julien Didier a permis aux membres des groupes locaux de saisir la diversité des visions et des stratégies de lutte ou de construction d'alternatives. 

Julien Didier, coordinateur de Mycélium en Belgique

Une rencontre virtuelle

Revisiter le format de ces rencontres et s’adapter aux contraintes du moment a été l’occasion pour le pôle relier de se réinventer, d’expérimenter de nouveaux formats d’animation, à distance.

Si le format virtuel n’offre pas les joies du présentiel, il a aussi ses avantages... En effet, les bénévoles des groupes locaux ultramarins ont pu assister et participer à cette rencontre. Tout comme celles et ceux pour qui les distances à parcourir pour assister aux rencontres sont un obstacle.

Ainsi, la rencontre a réuni plus de 80 membres des cercles cœur représentants 30 groupes locaux différents.

Un déroulé atypique 

Pour vivre cette nouvelle expérience, le pôle relier a concocté un programme exceptionnel se déclinant du vendredi 16h au dimanche 19h30.

Un premier temps de connexion à distance a ouvert la rencontre le vendredi après-midi avec une introduction du sujet, par le biais d’un échange riche avec Julien Didier. 

La journée du samedi a permis de travailler en petits groupes autour de la notion d’effondrement. Différents formats ont été proposés : les participants pouvaient aborder ces exercices de façon très personnelle ou bien les réaliser en se positionnant depuis leur rôle dans Colibris...

Les propositions du samedi étaient inspirées de la spirale du Travail Qui Relie, une pratique d'écopsychologie largement développée par Joanna Macy, qui vise à aborder un changement de cap, individuel et collectif. Ce “travail qui relie” propose une  spirale en 4 étapes (lire notre encadré). Les bénévoles étaient invités à s’inscrire dans la spirale à l’endroit qui les appelait le plus en premier : s’ancrer dans la gratitude, honorer sa peine, changer de regard, passer à l’action.

En s’appuyant sur le questionnaire de Bruno Latour, sociologue et philosophe, le pôle relier a proposé aux bénévoles des cercles coeur de mener une réflexion à partir de nos vies actuelles pour voir comment imaginer une réorientation forte de nos activités collectives, en vue de futurs désirables, soutenables et résilients.

Un dernier temps de connexion à distance a été proposé le dimanche en fin d’après-midi, pour échanger sur les vécus du week-end et clore cette rencontre.

Le fruit de ces réflexions fut très riche, notamment sur la question du rôle de Colibris dans la transition. Les propositions collectées ont vocation à alimenter les différents projets de Colibris. En effet, pour 2021, plusieurs projets Colibris s'associent afin d’aborder cette question importante de « Comment faire face ensemble dans un monde en crises ? ».

Question dont l’Université des colibris s’empare pour le prochain MOOC, qui sera proposé début 2021. Le Mag Colibris propose et proposera des dossiers, tribunes ou encore des podcasts pour alimenter ces réflexions. L’Agora des colibris quant à elle réfléchit à adapter son format pour se mettre au service des besoins qui émergeront du territoire, en lien étroit avec les groupes locaux qui ont une connaissance avisée des  dynamiques locales.

Voici les propositions faites aux bénévoles autour des 4 étapes de spirale du Travail Qui Relie de Joanna Macy lors ce de ce week-end, vous pouvez vous en inspirer chez vous"

** S’ancrer dans la gratitude

S'ancrer dans la gratitude avant de visiter des états émotionnels potentiellement plus douloureux est une façon de ne pas se précipiter mais plutôt de se connecter à ce qui est soutenant. La gratitude est une pratique qui peut devenir quotidienne et installer chaque personne dans une posture plus équanime de jour en jour.

Pour s’ancrer dans la gratitude, les bénévoles ont pu réaliser un Land'Art ou Kitchen Art (pour s’adapter au confinement), en y associant des questions sur lesquelles méditer à travers la réalisation d'une telle œuvre :
- quelle est la communauté humaine et non-humaine qui m'entoure aujourd'hui et sur laquelle je m'appuie ?
- sur quoi puis-je me reposer de stable, de réconfortant,…pour accepter que le reste soit incertain ?

** Honorer sa peine

Reconnaître et honorer notre douleur pour le monde. Ramener à la conscience nos réactions profondes à la souffrance des êtres qui nous sont proches et à la destruction progressive du monde naturel. Ces réactions comprennent l’effroi, la colère, la tristesse, et le sentiment de culpabilité. Plutôt que d’enfouir ces sentiments, comme nous l’avons appris dans notre culture, il est nécessaire de les accueillir et de s’autoriser à les ressentir, et les exprimer.

Grâce à une écoute empathique en binôme, les bénévoles ont été invités à poursuivre ces phrases suivantes pour exprimer leurs émotions :
- Ce qui me fait sentir vulnérable dans le monde aujourd'hui c'est ...
- Quand je pense au monde que nous laisserons à nos enfants, il ressemble à ...
- Quand je visualise cela, je me sens...
- Pour éviter ces émotions, je...
- J'utilise ces émotions pour ...

** Changer de regard
Voir avec des yeux neufs. Il s’agit de réaliser son appartenance à un ensemble et de découvrir que nous avons le pouvoir de créer une société soutenable.
Pour cela, le pôle relier et Julien ont proposé un exercice d’écriture libre. Rédiger un texte poétique, réaliste ou fictionnel, long ou court, écrit pour être lu...ou pas. La proposition étant de simplement goûter à une écriture libre et spontanée.
Quelques débuts de phrases inspirants étaient proposés pour faciliter l’écriture :
- A partir de là où je vis actuellement, je m'imagine que ma vie dans 5 ans ressemblera à ...
- Dans mes choix pour le futur, je me demande si....
- Par le passé ou actuellement, quand j'ai traversé une phase de vulnérabilité plus importante, ce qui m'a aidé c'était ou c'est ....
- Pour moi la mort ça représente....
- Finalement si le futur est plus incertain que prévu, cela me permet aussi de...

** Passer à l’action

Identifier nos aspirations pour mettre nos talents et ressources au service du vivant.
La pandémie actuelle modifie très fortement et concrètement nos modes d'existence. Sans que nous ne puissions aujourd'hui la comparer à un effondrement, elle peut toutefois servir de base de réflexion pour s’ancrer dans une situation précise.



Facilitation graphique : Yohan Lechevalier


Pour aller plus loin 

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