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La Marcotte : une ferme bio-inspirée à Gardanne

Elodie Lucy / Colibris - 15 août 2017.

photo : Bérangère Ameslant / Pôle EcoDesign


Depuis un an, le lycée agricole de Gardanne accueille la Marcotte, un prototype de ferme urbaine d’un genre nouveau. Son originalité : cultiver des légumes en permaculture, produire sa propre énergie, recycler ses déchets, dépolluer l’air tout en contribuant à créer du lien social. Un concept bio-inspiré en bonne voie d’essaimage...



Avez-vous déjà réfléchi à la ferme urbaine de vos rêves ? Imaginez une structure en bois construite avec des arches entièrement modulables, accueillant des potagers en carrés, une aire de compost, un espace pisciculture et un lieu de vie pour créer du lien, échanger, se former, s’inspirer… Vous avez devant vous la Marcotte, une ferme urbaine et citoyenne inventée et conçue par l’Institut marseillais INSPIRE et le Pôle Ecodesign, une agence de design responsable gardannaise. La toute première Marcotte est sortie de terre il y a un peu plus d’un an, sur le parking du lycée agricole de Valabre à Gardanne. "Notre idée était de créer un démonstrateur de l’économie circulaire et du biomimétisme, explique Emmanuel Delannoy, fondateur de l’Institut INSPIRE. Un lieu autonome, mettant en pratique tous les principes de l’économie circulaire, pour créer du sens, du lien social, montrer que l’on peut faire des tas de choses avec des objets qui ont déjà servi."

Comment ça marche ?

Inspirée par la nature, la Marcotte fonctionne comme un écosystème. Des panneaux solaires fournissent l’énergie, les plantes permettent de traiter les eaux usées et dépolluer l’air, les déchets d’élagage, de taille ou encore les restes alimentaires de la cantine sont transformés en ressources (compost, paillage, etc.). Elle produit des légumes sains et locaux, selon les principes de la permaculture et de l’aquaponie, un type de production qui associe une culture végétale en symbiose avec un élevage de poissons. "L’eau circule en permanence dans les bacs à culture, en circuit fermé. Ces bacs sont remplis de billes d’argile qui ont la capacité de transformer les déjections des poissons en engrais pour les plantes", explique Jeroen Bogers, spécialiste de cette pisciculture innovante, qui coordonne le projet de La Marcotte. Les seules ressources ajoutées sont la nourriture des poissons et l’énergie solaire. "Un choix de solution qui n’est qu’un exemple parmi le champ des possibles", tient à préciser Emmanuel. Des solutions énergétiques et alimentaires plus autonomes pouvant encore être trouvées.

Autre aspect essentiel du projet : la Marcotte est aussi un lieu dédié à l’accueil du public, à la cohésion sociale, à l’insertion, à la qualité de vie. Dans cette structure totalement modulable et personnalisable, on peut imaginer un espace de formation, de coworking (espace groupant plusieurs organisations professionnelles), ou encore un fablab (atelier d'activités de bricolage et de création autour des outils numériques). Au lycée agricole de Valabre, les jeunes se sont très vite appropriés les lieux pour se retrouver. La Marcotte sert également de support pédagogique à plusieurs cours.

Un lieu éco-conçu

Côté conception, "l’idée était de respecter une certaine cohérence, inhérente à la création d’un lieu responsable et durable, explique Yannick Le Guiner, créateur du Pôle Ecodesign. Le plancher, les murs et certains éléments du toit sont fabriqués à partir de palettes recyclées provenant de Coca-Cola, récupérées à MP Industrie, une entreprise de Gardanne spécialisée dans l’éco-conception. Dans le même esprit, la construction repose sur de gros plots en plastique au départ destinés à la voirie mais devenus inutiles. Le bois provient d’une scierie de la Seyne-les-Alpes, située à moins d’une heure de route. Pour la fabrication elle-même, nous avons fait appel aux ressources humaines locales en organisant un chantier participatif durant un mois auquel ont participé les lycéens et des bénévoles de l’Institut Inspire.

Et maintenant ?

Reproductible à l’envi dans toutes les villes, pourvu qu’on lui trouve un espace suffisant, la Marcotte est aujourd’hui prête pour… marcotter ! Un nom finement choisi, le marcottage consistant à multiplier les végétaux par le développement des racines : on enterre une branche, qui a son tour produit des racines et s’autonomise. Plusieurs projets sont déjà bien engagés : un à Miramas en plein centre ville, et un autre à Marseille, où deux Marcottes devraient voir le jour dans le nouvel écoquartier Euroméditerranée. Rendez-vous en 2018 pour découvrir ces jeunes pousses !

Pour en savoir + : www.lamarcotte.com