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Mode d'emploi

L'équipe Colibris témoigne de ses usages !

Peut-on vraiment utiliser des outils libres efficacement ?


Depuis 5 ans, notre projet Outils Libres soutient les milliers de personnes qui pensent et développent un internet plus sobre, décentralisé et sécurisé. Et depuis 5 ans dans l’équipe opérationnelle, nous nous appliquons à utiliser ces outils au quotidien. Entre succès et galères, nous souhaitions partager avec vous le quotidien d’une association qui travaille grâce aux outils libres ! L’équipe du Mag s’est entretenue avec des salariés de l’association qui témoignent de la mise en place de ces outils, les réussites et les couacs que nous traversons.

Changer ses pratiques : un processus long

Gregory travaille dans l’équipe opérationnelle du Mouvement Colibris depuis 2009. Il est la mémoire de l’évolution de nos pratiques et outils depuis des années.

À Colibris, on part de loin ! En 2008, on n'était pas du tout sensibles aux logiciels libres. On a découvert les outils en ligne de google qui ont été très pratiques pour la collaboration dans notre petite équipe. Dans notre entourage, certaines personnes ont commencé à nous parler de wikis, d'outils collaboratifs libres, mais on les regardait avec des yeux ronds, on ne comprenait pas bien le rapport que ça pouvait avoir avec notre mission. On n'était pas mûrs !

Après quelques années, on s'est rendu compte que si, ça avait tout à voir. La mainmise de multinationales sur tous les aspects de nos vies : ce qu'on mange, où l'on habite, ce qu'on consomme, comment on travaille. Personnellement, je trouve que c'est assez satisfaisant de laisser tomber les GAFAM. C'est comme fermer son compte à la Société Générale ou arrêter de faire ses courses à Carrefour ! L'usage n'est pas toujours très aisé, mais c'est aujourd'hui un sujet qu'on prend vraiment à cœur, et sur lequel on veut mettre les moyens nécessaires. 

Florian est coordinateur du projet Outils Libres. Depuis 2015, il travaille en collaboration avec les équipes de Framasoft pour développer des outils libres made in Colibris.

D’une manière générale, nous avons beaucoup adapté à nos usages les technologies libres proposées par Framasoft. Avant toute chose, nous avons travaillé sur le graphisme, afin de rendre les outils plus jolis et plus ergonomiques, comme par exemple avec les pads.

Ensuite, plutôt que de proposer des très gros logiciels gourmands en ressources, nous avons préféré proposer des outils très simples, mais laissant les usagers maîtres de la manière de les utiliser, comme les post-it (logiciel Scrumblr), les sondages (logiciel Framadate) et les wikis. Nous mettons en place des formations sur le sujet, et nous en profitons pour faire des vidéos disponibles pour toutes et tous sous licence Creative Commons, afin qu’elles soient diffusées au maximum.

Je pense que l’une de mes principales missions depuis le début est avant tout de déconstruire les idées reçues sur les outils du web. Ils ne sont ni une solution miracle, ni une catastrophe qui déshumanise et ne fait que détruire la planète… Il ne faut pas passer à côté de cette révolution pour partager nos connaissances ouvertement au monde entier, mais l’utiliser au mieux : utiliser le numérique, aussi peu que possible, et, quand c'est nécessaire, avec des outils éthiques et conviviaux !

Avec quels outils travaillons-nous ?

 Prendre des notes : nous avons remplacé en partie google doc par les Pads, qui permettent d’écrire de manière collaborative dans un document.

Créer un tableur partagé : Crytpad fonctionne presque aussi bien que les tableurs de google !

  Planifier un rendez-vous : fini les doodle, notre outil de sondage fonctionne à merveille !

 Besoin de faire une visio ? Il suffit que l’on ouvre ce site et hop, la vision commence. Pas de skype, zoom, etc… un lien unique. Parfait pour des réunions à 2 ou 3.

▶ Pour héberger nos vidéos, nous utilisons youtube pour toucher le plus grand nombre, c’est vrai… mais aussi, et surtout, notre propre plateforme libre d’hébergement, Peertube.

Raccourcir des liens URL, on ne le sait pas assez, mais c’est très utile. Nous avons Colibris link à disposition.

Côté réseaux sociaux, nous sommes encore sur Facebook et Twitter (pour toucher un maximum de gens)… Mais nous utilisons également Mastodon et Diaspora, des réseaux sociaux libres et indépendants.

Pour nos tempêtes de cerveaux, nous utilisons ces petit post-its qui vous permettent de poser toutes vos idées en temps réel.

Comme moteur de recherche, nous sommes nombreux à utiliser Lilo, un moteur solidaire qui reverse des dons à Colibris quand vous faites des recherches.

Nous créons des cartes collaboratives, comme Près de Chez-nous, grâce à notre service de cartes libres : GoGoCarto.

Et enfin, pour nos sites internets, comme celui de l’Agora, des Groupes Locaux ou encore de l’Université, nous utilisons des Wikis ! Même la boutique des Colibris utilise un logiciel libre de commerce électronique, Prestashop.

Utiliser des outils libres au quotidien, c’est facile ?

Floriane travaille à coordonner les groupes locaux Colibris dans le grand Ouest mais est également notre lien avec le projet Près de Chez Nous et Transiscope. Deux projets qui se sont appuyés sur des cartographies libres pour vous proposer des solutions locales.

Avant d’arriver à Colibris, je travaillais dans une grande entreprise qui utilisait exclusivement les outils Microsoft. J’étais contente en arrivant à Colibris de voir qu’il y avait une réflexion pour être aligné entre les valeurs et les usages au quotidien. Il m’a tout de même fallu un temps d’adaptation pour utiliser les outils libres que je connaissais peu. Au départ, ce qui a été déroutant pour moi c’est le manque de convivialité de certains outils libres. Les GAFAM sont forts pour cela : rendre un outil simple d’utilisation mais aussi esthétique, ajouter des options dont on n’a pas forcément besoin mais auxquelles on s’attache. Travailler sur certains outils libres m’a donc demandé au départ un effort. 

Un pad non disponible au moment d’une réunion, un wiki cassé alors qu’on en a besoin pour un webinaire avec des groupes locaux… Ces galères m’ont obligée à penser mon rapport au numérique différemment et de ne pas toujours me reposer dessus et penser que tout sera disponible 24h/24h. Je pense que notre plus grosse difficulté est de changer nos habitudes. Pour certains services, nous avons démarré sur des outils comme Slack, le Drive Google qui sont difficiles de changer, même si l’équivalent libre existe. Il faut que l’on opère la migration tous en même temps, que l’on apprivoise l’outil libre qui aura forcément quelques différences, etc. 

Lorsque l’on démarre avec un outil libre, en règle générale, il est bien utilisé et approprié par l’équipe. C’est le conseil que je donne à des groupes locaux Colibris, ou à des associations partenaires quand elles se posent des questions sur comment mettre en place des outils libres dans leur organisation.

Loïc est le coordinateur de la Fabrique des Colibris. Ce projet lancé en 2017 propose à des projets qui ont des besoins de se mettre en lien avec des citoyens qui peuvent les aider. 

J’ai réellement commencé à me frotter au “librisme” en arrivant à Colibris. La Fabrique dont j’ai repris la coordination en 2019 intègre des outils libres dans son fonctionnement. Ma première réaction a été joyeuse, nourrie par le sentiment d’indépendance vis à vis de l’oligarchie du web. Mais elle a rapidement laissé place à une forme de rejet. Quand on a été habitué à la qualité d’utilisation des produits des Gafam, on ressent forcément une démangeaison lors de la transition vers d’autres outils souvent moins ergonomiques. Cela peut se traduire à différents niveaux : interfaces moins intuitives, moins rapides, parfois sujettes à plus de bugs…

Finalement, j’ai réussi à dépasser cet aspect, avec de la patience et des convictions. Aujourd’hui la Fabrique utilise Matomo pour mesurer son audience. Ça marche aussi bien que google analytics et ça respecte les données des utilisateurs. Elle est également connectée à un serveur ActivityPub lui permettant de créer des connexions avec d’autres acteurs du Fédiverse tout en contribuant modestement à l'émergence d’un web qui privilégie les communs à la propriété privée. Enfin, et c’est un plaisir quotidien, la Fabrique traite avec des prestataires de services qui partagent les mêmes convictions et passent aisément du statut de fournisseur à celui de partenaire de confiance.



Miko coordonne également l’action de groupes locaux Colibris en Île-de-France et dans le Nord. Il a pu tester les outils du Mouvement autant comme bénévole dans un groupe local que comme salarié.

Au début des années 2000 j’avais un rapport très différent aux Gafam. Je trouvais ça super. Un jour j’ai failli me faire pirater mon compte Gmail et j’ai compris que toutes mes données dépendaient intégralement de Google. C’est là que j’ai vraiment commencé à me « dégafamer ». Dans mes activités associatives et en particulier dans notre groupe local Colibris nous avions commencé à prendre de bonnes habitudes. Les pads, les wikis, les framadates… Non seulement ces outils étaient aussi pratiques que leur équivalent google mais nous nous sentions plus protégés et fiers de relayer autour de nous cette philosophie des communs. Parce qu'au-delà des outils, c'est une vision du monde que proposent les outils libres. C'est le partage libre et décentralisé de communs contre l’hégémonie des propriétaires privés. Lorsque Coca-cola ou Nestlé privatisent l’eau d’une région pour des profits personnels, nous sommes tous choqués et nous avons raison de nous insurger. Alors pourquoi n’en serait-il pas de même pour le numérique ?

Les outils libres sont encore loin de pouvoir supplanter les Gafam techniquement. Ce n’est pas là-dessus qu’il faut miser. À titre personnel c’est le plaisir de découvrir, l’émulation de cette nouvelle approche au numérique et la sensation de faire partie de la solution, qui me donnent le plus envie de persévérer dans les outils libres.





© Ces incroyables bulles de bande-dessinée ont été conçues par Edouard, à partir de dessins du domaine public trouvés sur https://digitalcomicmuseum.com/
























Commentaires

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Bonjour,
C'est génial ce que vous faîtes !
Je suis super intéressée par les outils de réseaux sociaux !
J'utilise Facebook à pas forcé, je l'utilise surtout pour les groupes : pour échanger avec ma communauté.
La même chose en libre ! C'est juste parfait.
Par contre, je viens d'essayer de m'inscrire aux deux pour tester un peu en mode utilisateur.
Impossible ... ca promet pour la création de la communauté et l'installation de ma propre instance.
Est-ce qu'il existe du support pour aider à installer Mastodon ou Diaspora ?
Quelles sont les différences entre les deux, pour faire un choix ?
Curieuse de lire votre réponse
Bonne soirée

Bonjour colibri
J’ai trouvé très intéressant sur cet article sur les logiciels libres et j’espère que je ferai partie de ce monde, libre.
Je n’ai pas vu de coût de fonctionnement ou d’hébergement pour les logiciels libres ? De même y a-t-il l’équivalent de iCloud ?
Solidairement votre libre et raisonné
Vincent

Super intéressant, je ne suis pas douée en informatique. Mais j'aimerais laisser de côté Microsoff, Google,facebook et YouTube car trop de censures et trop intrusif dans nos vies

On est complètement d'accord avec vous chez Numéricloud !On a créé une offre cloud basée sur l'outil Nextcloud et en étant labellisés Chatons. merci pour cette présentation de l'offre de produits libres disponibles, ça fait aussi partie du changement de mentalités et du passage à l'action, chaque acte compte !