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Agora 2020 - Nouvelles formes d'installation en zones rurales

S'installer en zone rurale oui... mais à quel prix ?


©Pexel

Combien coûtent les projets d’installation en habitat, ferme ou activités à la campagne ? Concevoir des formes d’installation atypiques, plus écologiques et solidaires, conduit-il à penser aussi autrement leur financement ? La deuxième rencontre de l’Agora des colibris, sur les « Nouvelles formes d’installation en zones rurales » (juillet 2020, Sainte-Croix) a consacré un cercle de discussion participatif à la place donnée à l’argent dans les projets d’installation. Un sujet tabou par excellence… Rien n’a pour autant été mis sous le tapis ! Ce temps fut complété de plusieurs ateliers destinés à présenter des solutions concrètes pour trouver des financements, notamment grâce à des fonds de dotation citoyenne. 



Durant le cercle d’échange participatif (cercle Samoan), une intervention d’une participante du public fut très applaudie : « La richesse d’un tiers-lieux, c’est de ne pas fonctionner seulement avec de l’argent. Un porteur de projet devrait commencer par explorer les alternatives (entraide, mutualisation, etc…) et montrer que l’économie du partage est efficace et peut prendre le pas sur l’économie capitaliste. » Le ton était donné. Peu après, Yann Sourbier, l’un des fondateurs du hameau du Viel Audon, rapportait à l’assistance que, pour créer son projet dans les années 1970, 20 smicards avaient simplement mis leurs revenus en commun afin d’éviter de dépendre de subventions.

Ce cercle de discussion s’est avéré particulièrement foisonnant et instructif pour lutter contre les pièges récurrents de la recherche de financement, dont voici quelques exemples glanés au fil des témoignages :  

  • La meilleure dépense est celle qui s’avère réellement indispensable. Dimensionner son projet en fonction de ses moyens, penser son développement par étapes, et anticiper ses besoins, sont des approches à prendre en compte.
  • Les fonds de dotation citoyens (lire plus bas) sont précieux. Ils n’en constituent pas pour autant la seule source de financement possible. De nombreux leviers financiers existent, publics (fondations, aides de collectivités locales, appels à projet…) comme privés (prêts bancaires, fondations, soutiens d’entreprise…).
  • L’aide d’une entreprise, parfois salutaire, n’est pas toujours bonne à prendre et doit être négociée : certaines chercheront à s’emparer de l’image du projet pour se verdir artificiellement.
  • De même, accepter l’argent d’une fondation peut aller à l’encontre de la raison d’être d'un projet. Quand, par exemple, les fonds sont issus d’une activité ultra-nocive ou qui pratique le contournement fiscal.
  • Ne faites pas entrer votre projet « au chausse-pied » dans les cases d’un financement public ou privé qui ne lui correspond pas, pour avoir de l’argent à tout prix. Vous risquez de perdre le sens de votre démarche. 
  • Obtenir une subvention ne réglera pas forcément tous vos problèmes : un bon accompagnement, sur des aspects de gouvernance ou techniques, est parfois plus précieux que le meilleur des financements ; il peut éviter de réaliser de grosses dépenses ou de fausses bonnes idées.
  • Un chantier participatif est précieux pour créer du lien autour de son projet et réduire ses coûts. Mais il n’est pas « gratuit » pour celui qui l’organise : son organisation est coûteuse en temps et en argent. Il faut acheter les matériaux, bien accueillir les participants (repas et hébergements), qu’ils puissent s’enrichir de cette expérience (en apprenant des techniques notamment) etc.

Néanmoins, aujourd’hui, malgré toutes ces précautions et exigences de sobriété, « la plupart des initiatives ont besoin d’un plan de financement réaliste et structuré pour atteindre leurs ambitions, fussent-elles anti-capitalistes », a estimé Jean-Philippe Jamot du centre de ressources Cap Rural drômois pour les projets ruraux, avant de dresser un panorama assez large des possibles en matière de financement (fonds de dotation citoyen, banques éthiques comme La Nef, aides des collectivités, soutiens de fondations, y compris d’entreprises, etc.). 

Quatre structures proposant des soutiens financiers ont, par ailleurs, présenté leurs outils et intentions aux participants de cette rencontre de l’Agora. Voici un aperçu de chacune d’entre eux.

La Coopérative Oasis : un prêt doublé d'un accompagnement technique

La coopérative Oasis est une Société coopérative d'intérêt collectif (Scic) qui complète les financements existants d’un projet (banques, financement participatif, famille, amis…) et aide chaque oasis à se pérenniser. La Coopérative propose des prêts allant jusqu'à 250 000€, sur des durées courtes (de 6mois à 10ans), assortis d’un accompagnement obligatoire en fonction des besoin : gouvernance, chantiers, modèle économique, etc… Les fonds prêtés viennent de citoyens qui prennent des parts sociales (1 000 euros minimum) dans la coopérative. Un placement qu’ils peuvent récupérer à tout moment ou au bout de 7 ans s'ils utilisent la déduction de 25 % du capital placé de leur impôt sur le revenu. 11 lieux ont déjà été financés et une vingtaine ont été diagnostiqués. 

Terre de Lien : l'accès aux terre grâce à la location

Terre de Liens collecte des fonds pour acheter des fermes et les louer à des paysans. Ces derniers peuvent avoir toutes sortes d’activités agricoles (grandes cultures, maraichage, élevage, etc…), de toutes les tailles, à partir du moment où la finalité de l’entreprise est nourricière et menée, au minimum, selon les critères de l’agrobiologie. Terre de Liens est une association composée de groupes locaux de bénévoles, mais aussi d’une vingtaine de salariés. Les bénévoles vont rencontrer les agriculteurs, trouver des fermes, écouter les porteurs de projets et les accompagner dans la présentation et le parcours de leur dossier. L’essentiel des fonds servant à acheter les exploitations (aujourd’hui 220 fermes partout en France) proviennent d’épargnants qui choisissent de mettre leurs économies au service de cette cause. Plus récemment Terre de Liens a aussi créé une fondation qui peut recevoir des fonds et des legs : argent, terrains, bâtiments. Terre de Lien fait aussi un travail de plaidoyer auprès des décideurs politiques, des élus et des communautés de communes, au niveau local, national, européen et international. Enfin, cette foncière ne vend jamais ses fermes : elle en reste propriétaire afin qu’elles échappent durablement à l’agriculture intensive comme à la spéculation immobilière.

Villages Vivants : l'installation sur les terres détenus par une foncière

Villages Vivants est une foncière rurale et solidaire, installée dans la Drôme. En d’autres termes, cette organisation (inspirée par Terre de Liens, notamment) achète, rénove des locaux et installe des activités favorisant le lien social et le tissu local. Les porteurs de projet louent leur local et paient donc un loyer à Villages Vivants. Il s’agit de redynamiser les campagnes, les villages et les centres bourgs. Cette initiative vient palier à la fermeture de très nombreux petits commerces. L’organisation accompagne les projets émergeants de tiers lieux, de boutiques de producteurs, etc…, avant et après leur création, afin que les activités installées soient pérennes. Le loyer est progressif et modéré (par rapports aux prix du marché, la réduction correspond à un an de gratuité sur trois). Les fonds engagés viennent de 300 investisseurs citoyens (placements non rémunérés), petits et gros, réunis au sein de cette société coopérative. Pour l’instant Villages vivants a acheté trois biens immobiliers en un an et demi. À long terme cette foncière n’a pas pour vocation de garder ces biens. Pour que les fonds se renouvellent, il lui faudra revendre un bien sur trois.

Hameaux Légers : des prêts aux habitats légers

Le fond de dotation Hameau Légers, en développement, considère que ceux qui veulent habiter un habitat léger et réversible (yourte, tiny house, etc…) devraient le pouvoir sans que les finances ne soient un frein. Cette organisation encore récente, mais en plein boum, souhaite demain pouvoir prêter à taux zéro à des collectifs ayant des projets d’éco-hameaux légers. Et ce afin de leur permettre d’acheter leur habitat ou de se former ou encore d’acheter des matériaux. Les collectifs soutenus seront sélectionnés à l’issue de l’étude d’un dossier de demande, des rencontres et des séances de travail. L’association veut notamment que le collectif ait une vrai existence, soit soudé et que son projet soit en lien avec le territoire. Il faut aussi que l’habitat soit déplaçable, mobile ou biodégradable. Les matériaux bio-sourcés et écologiques sont systématiquement favorisés. Par ailleurs l’association Hameaux Légers accompagne les collectivités confrontées aux demandes croissantes de citoyens autour de l’habitat léger. La structure aimerait que les hameaux légers deviennent, pour les équipes municipales, une réponse au manque de logements sociaux, mais aussi pour les réfugiés, par exemple. Le fonds de dotation devrait pouvoir financer un projet à hauteur plusieurs milliers à quelques dizaines de milliers d’euros. 

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