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Actions et modes de vie collectifs : un levier fondamental pour le climat !

Le cabinet Carbone 4 a publié en juin dernier l'étude "Faire sa part ? Pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l'état face à l'urgence climatique". Ces travaux sont importants à l'aune des débats sur l'efficacité des stratégies climatiques. Les actions individuelles ont-elles un sens vu l'ampleur du défi ? Doit-on en premier lieu agir dans son quotidien ou militer pour un changement politique d'ampleur ?

L'étude présente tout d'abord une douzaine de gestes individuels ambitieux, réalisables sans investissements financiers (régime végétarien, achats d'occasion, consommation en circuits courts, déplacements à vélo pour les courts trajets, covoiturage, réduire l’usage de l'avion...). Ces gestes feraient baisser nos bilans carbone de 25 %. Ce qui est nécessaire et intéressant, mais bien insuffisant pour arriver à une division par 5 ou 6 de nos émissions, qui est l'objectif final pour la stabilisation des émissions. En outre, ces 25 % sont liés à un engagement “héroïque”, et l'étude estime plutôt à 10% la baisse réaliste avec le “faire sa part” individuel (moins de consommation de viande, moins d'avion…). Elle estime enfin que ce chiffre peut facilement atteindre les 20 % si on prend en compte des investissements individuels, comme l'isolation de son logement, l'achat d'un véhicule moins consommateur...



L'étude montre ainsi la nécessité des actions individuelles, mais elle montre surtout que les réductions les plus importantes seraient à faire ailleurs, au niveau des entreprises et de l'État, qui est à même d’édicter les règles pour décarboner des filières. Cette analyse montre alors la limite d'un engagement individuel à « faire sa part », à changer son mode de vie. Il tend à aller dans le sens des promoteurs d'une action à grande échelle et d'une responsabilité portée par les acteurs économiques et politiques.

Carbone 4 est un cabinet reconnu, et nous ne nions pas la valeur de ses travaux. Mais l'analyse de ces résultats peut s’avérer trompeuse et véhicule un biais, selon moi, de notre regard sur l'écologie. L'action proposée y est soit individuelle, soit au niveau de l'État et des entreprises. On retrouve le prisme binaire du traitement médiatique de l'écologie, qui s'est longtemps attardé sur les « écogestes individuels » d’un côté et sur les grand-messes climatiques internationales de l’autre.

En 2015, nous réalisions un étude poussée avec ce même cabinet Carbone 4 sur le mode de vie en oasis. Nous montrions que les 100 habitants de 6 oasis émettaient en moyenne la moitié des émissions d’un français moyen. Une diminution de 50 %, bien plus importante que les plus héroïques des engagements individuels présentés dans leur étude de juin. Et ceci malgré un usage évidemment partagé des services publics, que ce soit en vivant en oasis ou ailleurs (école, hôpital, routes...).


Comment parvient-on à une telle diminution au niveau de ces oasis ?

Le très faible bilan carbone des habitants d’oasis est lié à des choix individuels, mais aussi à des mètres carrés et des équipements mutualisés, à une stratégie d'investissements liés au partage, à la force des chantiers collectifs d'écoconstruction, à la plus grande facilité d’installer un agriculteur bio sur un terrain collectif…



L'étude menée sur les six oasis montre au final la pertinence d'un « faire sa part » non pas seulement individuel et isolé, mais surtout collectif et organisé. AMAPs, habitats groupés, monnaies locales... Les innovations de la société civile sont bien des projets collectifs ! Au dualisme classique entre actions individuelles et actions de l'État, il nous faut ajouter la pertinence des actions collectives à l’échelle de plusieurs familles ou d’un quartier. C'est une échelle pertinente et à laquelle la majorité des actions de Colibris se concentrent. C'est là qu'un potentiel énorme réside, aussi bien pour la réduction de notre impact carbone, que pour une plus grande résilience, et plus de lien social. C'est là que se construisent les stratégies, adaptées à un territoire, à une culture, à un écosystème, à une communauté.... C'est l'échelon de l'interdépendance, de l'autonomie et du partage. 

Vivre en oasis, s'investir dans son quartier, créer une démarche Zéro Déchet collective, sont des exemples d'actions à notre échelle, possibles par et pour nous, citoyens et citoyennes. Elles amplifient grandement les écogestes quotidiens et nous aide parallèlement à dépasser la vision jacobine très française d’une action essentiellement centralisée.




En creusant les chiffres et l'articulation des actions possibles, on peut construire un scénario où les politiques nationales s'appuieraient sur ces actions citoyennes collectives, où le poids climatique des nécessaires services publics se réduirait dans une réponse plus locale à des besoins mieux appréhendés.

Au final la somme de ces études montre la pertinence de reconcevoir nos modes de vie en profondeur, comme la permaculture s’attache à créer des “designs” pour des lieux. Il s'agit  bien de penser une autre organisation sociale, basée sur le partage, l'autonomie et une approche territoriale diversifiée. Un vrai changement de paradigme.




Nous croyons à Colibris que l'échelon local ouvre des leviers considérables. Dans ses travaux sur les communs, Elinor Ostrom, prix Nobel d'économie, montrait que ce n'est ni la gestion privée ni la gestion publique des communs qui sont les plus pertinentes, mais bien la gestion commune par les acteurs locaux. À moins d'un an des élections municipales, il est important de se rappeler que construire une vraie stratégie d'actions locales et collectives est un enjeu essentiel.


Pour aller + loin

- Lire nos dossiers sur le sujet : Les Oasis et le climat (1/2), Les Oasis et le climat (1/2)  et Être un Colibri, une posture radicale

- Lire l'étude de Carbone 4 : "Faire sa part" 

- Lire l’étude de B&L Évolution : Comment s'aligner sur une trajectoire compatible avec les 1,5°C ?

- Lire l’article de Greenpeace : Climat : changer nos habitudes ou le système ?



Commentaires

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Oui, les deux sauf que les oasis ne pourrons survivre face à la volonté politique actuelle du G7 complètement soumis à la loi du marché et au libéralisme complice des multi-nationales qui détruisent la planète.Le système politique cynique dominant actuellement le monde est incompatible avec la survie de la planète. A petite échelle, L'exemple du maire de langouët est flagrant !
Pour stopper cette folie , les gestes écologiques de chacun sont un levier important mais ne suffisent pas . Le collectif citoyen peut réveiller le consommateur, mais tant que les politiques n’agiront pas au niveau des Producteurs /distributeurs ce mouvement ne restera qu’un oasis ...dans le désert.
Tous dans la rue le 21 Septembre… !

Pas encore engagé dans une démarche de type OASIS mais militant dans les mouvements d'éducation populaire depuis ma prime jeunesse (14-05-1960), je note l'articulation entre la démarche individuelle et la démarche collective. Mais comment permettre à tous de s'inscrire et de participer à de telles démarches quand il s'agit pour certains d'user son énergie pour la survie au quotidien, la tête dans le guidon? !