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Introduire la coopération dans la pédagogie

L’école publique doit être le lieu où l’on apprend les enseignements fondamentaux mais sa mission civique est également de former des citoyens libres, éclairés et lucides qui sauront faire prévaloir les exigences de la raison et de la conscience face à l'état actuel de la Terre. Une éducation dans laquelle le pouvoir de chacun est au service de tous, avec au centre la coopération, peut faire se dessiner un "demain meilleur" comme étant la réunion des forces positives et constructives dont chacun de nous est pourvu. Pourtant aujourd’hui, l’école républicaine française connaît une crise de légitimité.

Qu'est ce que la coopération dans la pédagogie? 

Les écoles publiques expérimentales, ou les écoles alternatives, hors contrat avec l'Etat, sont un moyen d'introduire dans le système scolaire de nouvelles valeurs de solidarité, de liberté, de respect, de partage, de tolérance, et de coopération. La pédagogie coopérative peut répondre aux problématiques sociales individuelles et collectives de nos sociétés modernes car elle vise à favoriser le développement de la personne et le fonctionnement des groupes, en créant un milieu de vie communautaire et une plus grande participation des enfants et des adolescents à leur processus d'éducation. Cette philosophie de l'instruction pose l'élève en acteur de ses apprentissages, capable de participer à l'élaboration de ses compétences en coopération avec l'enseignant, ainsi qu'une participation des parents à la gestion des institutions scolaires. La pédagogie coopérative peut alors minimiser le "chacun pour soi" devenu la norme, tant au sein du système éducatif, qu'au sein du système en général, et rendre hommage à la puissance de la solidarité et de la coopération, valeurs qui ont, depuis toujours menées le monde.

C'est à l'école et à l'éducation dispensée par la famille, les adultes proches et les professeurs de donner à l'enfant les services éducatifs dont il a besoin pour se développer selon toutes ses possibilités et de le préparer au monde dans lequel il va vivre. La pédagogie coopérative reconnaît à tout enfant le droit fondamental de vivre des expériences positives à l'école et vise à développer "l'estime de soi" en chacun, afin qu'ils grandissent sereinement et deviennent des adultes accomplis. L'élève conscient de son propre développement se découvre à lui-même afin de pouvoir, à terme, s'élever et s'épanouir au monde en même temps qu'il découvre l'autre, non pas dans un rapport ami/ennemi mais bien dans une relation coopérative de reconnaissance et de respect de l'autre. La pédagogie coopérative favorise l'éducation à la conscience, par l'apprentissage de la présence attentionnée tournée vers soi-même, vers les autres, et vers son environnement. Ainsi conscients de ses compétences et de celles des autres, enfants et encadrants, au service d'un projet commun, feront preuve d'une complémentarité élémentaire.

Les manuels scolaires d'histoire font l'apologie de la force à travers un éventail aussi large que varié de violence, de guerres, auquel se rajoute un monde où l'avidité et les ambitions individuelles sont de règle, ce qui conduit l'enfant à générer une angoisse plus ou moins intense quant à son développement vers l'age adulte. De plus, face aux nombreux constats alarmants, tant au niveau des sévices causés par l'homme à l'encontre de la Terre nourricière, ceux exercés sur la diversité de la faune et ceux que l'être humain exerce sur son semblable, l'apprentissage de valeurs oubliées sont aujourd’hui d’une nécessité absolue : coopération et reconnaissance des complémentarités à l'échelle du vivant. La pédagogie coopérative révèle à l’enfant les richesses, les énergies et la beauté du monde, qu'il offre gratuitement, généreusement à tout à chacun, abolissant ainsi l'idée que dans notre monde moderne, tout est marchandise.

"Eduquer c'est définir le mode de vivre ensemble et en même temps ouvrir l'esprit, donner à l'esprit l'espace de sa propre évolution, dans l'équilibre avec le groupe."
Pierre Rabhi

En quoi cela peut transformer notre territoire?

Invariant n° 27 de la méthode Freinet: "On prépare la démocratie de demain par la démocratie à l'École. Un régime autoritaire à l'École ne saurait être formateur de citoyens démocrates."

Quel impact sur le territoire ?


Modèle actuelModèle proposé
CompétitionCoopération
Angoisse, peur individuelle, repli sur soiInterrelation, compétences relationnelles
Terreur de l'échecEnthousiasme d'apprendre
Décrochage scolaire (Multiplication des matières dans la journée, segmentation du temps, succession des évaluations)Donner un sens à l'apprentissage (collaboration du maître et des élèves, et des élèves entre eux, au sein d'équipes de travail)
Education de la connaissanceEducation de la conscience: Accompagner l'enfant dans la connaissance de lui-même
Elever la conscience humaine par l'éducation
Intelligence humaine rationnelleIntelligence universelle
Peur de l'autre, rejet de la différenceRespect des différences individuelles et collectives
ApathieVolonté citoyenne de participation

 

 

 

 

 

 

 

 


 




Comment introduire la coopération dans la pédagogie? Transmettre la méthode:

Sérénité des éducateurs : Accompagner avec bienveillance et donner du sens

Offrir aux élèves la possibilité, dès l’école primaire, de s’exercer dans les apprentissages à l’échange, l’entraide, la confrontation des stratégies et l’interdépendance est, on l'a vue, impératif pour sortir des logiques de compétition et de mise en concurrence des uns et des autres. C'est pourquoi il est essentiel que les professeurs et les éducateurs soient en priorité attentifs à l'enfant afin que celui-ci puisse se doter d'une sérénité et d'une cohérence intérieure. Ainsi sa présence au monde et à la société se dessine selon ses propres aspirations. L'éducateur, le professeur doit lui même être parvenu à un certain degré d'unité intérieur et l'apprentissage doit se décliner, moins selon un rapport maître/élève, que dans une relation de respect, d'écoute et de partage. Pour cela, une prise de conscience de ses conditionnements personnels afin de trouver la paix intérieure est indispensable afin que l'éducateur soit un exemple.

L'enseignant doit expliquer aux enfants comment "apprendre à apprendre"; c'est la priorité de l'école élémentaire. Pour cela l'enseignant doit multiplier les méthodes d'apprentissage, pour que tous les élèves comprennent ce qui leur est enseigné. Ainsi la réduction des effectifs, par classe, pour garantir l'attention portée par l'enseignant à chaque enfant est également un gage de qualité d'apprentissage. Enfin, le professeur doit pouvoir expliquer aux élèves les différents enseignements imposés par le ministère de l'éducation, en leur donnant une justification pratique, pleinement réalisables dans le monde de la forme. Les autres matières et les activités scolaires alternatives sont élaborées par les élèves et leur professeur.

Communication Non-Violente & Résolution pacifiste des conflits:

L’éducation à la non-violence est une priorité. Elle découle de la nécessité d’éduquer au "mieux vivre ensemble". Apprendre aux élèves à s’écouter, se parler, à se respecter, à réguler positivement leurs conflits par la parole et la médiation va de pair avec l’apprentissage d’aptitudes telles que l’autonomie, l’esprit critique, la responsabilité, la coopération et la créativité. Cette éducation relationnelle permet aux élèves futurs citoyens d’apprendre le "débat démocratique", à s’affirmer sans agresser l’autre, à apprendre à user de sa liberté sans se détruire ni détruire celle de ses camarades. Le "Bien Commun" et le dialogue doivent prévaloir, dans le respect des particularités et des faiblesses de chacun.

Stimuler le travail d'équipe - Pédagogie coopérative –

-  Recherche individuelle: l'élève cherche seul la solution au problème posé, avec tous les outils mis à sa disposition dans l'école. Suite à cela chacun émet des hypothèses.

-  Echange de stratégies mentales : l'échange coopératif entre élèves c'est la mise en commun des anciens savoirs pour rechercher et intégrer les nouveaux. La restitution des leçons s'effectue en petit groupe. L'enfant doit expliquer aux autres comment il est parvenu au résultat final. Ainsi il éclaircit sa pensée pour pouvoir la retransmettre, ce qui favorise l'apprentissage réel.

-  Débats philosophiques pour apprendre à formuler clairement sa pensée et à écouter l'autre.

-  Développer des activités de partage, de solidarité, de dialogues avec leurs camarades de classe et de jeu: introduire des jeux de solidarité où l'on ne peut gagner qu'ensemble, de stimuler le travail d'équipe, de s'entraîner à l'éthique du débat.

-  Allier savoirs, savoir-faire et savoir-être, pour aider les jeunes dans la construction de leurs compétences.

Cette école du futur, déjà à l'œuvre dans nombre d'établissements de différents pays, est l'école du respect. Tout particulièrement, le respect des rythmes d’apprentissages qui diffère selon les enfants. La semaine scolaire devrait être organisée sur cinq jours, voire six jours, avec des journées de classe allégées (maximum 5 heures pour les élèves) et la mise en place de véritables partenariats avec les associations et les communes sur le temps périscolaire. Le « bien-être » de l’élève et de l’enseignant, comme dans les pays scandinaves, doit être placé au centre du système éducatif.

L'éducation à la non-violence et à la coopération est déjà inscrite dans les résolutions de l’ONU. Les écoles alternatives illustrent la possibilité de transformer en profondeur l’école, pour qu’elle soit à l'origine d’une société tournant le dos à l’individualisme, à l’égoïsme, à la compétition, à la loi du plus fort, principes à la genèse même des maux de la Terre nourricière et des relations entre les Hommes.

Quelles sont les structures qui peuvent vous aider?

Ecole nouvelle

L'Ecole Nouvelle d'Antony (ENA)
www.ecolenouvelle.fr

L'école des Colibris

Aux Amanins 26400 - La Roche-sur-Grâne
www.lesamanins.com/

Ecole Nouvelle de la Rize 

A Lyon
www.ecoledelarize.org/

Quelques lectures :

"Coopérer pour apprendre plus et mieux", Jacques Keable
http://www.education.csq.qc.net/sites/1673/documents/publications/cooperer.pdf

"L’apprentissage coopératif", Alain Baudrit, Ed. Bruxelles: De Boeck, 2005

"Pédagogie de la coopération : rencontres et perspectives", Yviane Rouiller et Katia Lehraus (dir.), Ed. Berne : Peter Lang, 2008

"Eduquer. Pour la vie!", Charles E. Caouette, Les éditions Ecosociété, 1997

"Elever la conscience humaine par l'éducation", Pierre Demers, EdPresses de l'Université du Québec, 2008

"L'humanité, de l'obscurité à la lumière", Pierre Demers, EdPresses de l'Université du Québec, 2011

"Lettre aux grandes personnes sur les enfants d'aujourd'hui", Philippe Meirieu, Ed. Rue du Monde, 2009

"Ajouter aux compétences: Enseigner, coopérer et apprendre au post-secondaire", Jim Howden et Marguerite Kopiec, Montréal-Toronto: La Chenelière/McGraw-Hill, 2000

Quels enfants laisseront nous à la planète?  Film réalisé par Anne Barth à l'école des Amanins pendant l'année scolaire 2009-2010

Ils l'ont fait!

« Professeur des écoles depuis de nombreuses années et formatrice en écologie relationnelle, le site des Amanins [écovillage] m'offrait une opportunité de mettre en pratique la pédagogie de coopération. L'idée de faire une école au centre d'une ferme écologique permettait d'allier les richesses d'un lieu de travail avec le besoin de l'école de s'ouvrir au monde pour donner du sens aux apprentissages. La spécificité de l'école du colibri est que l'on accompagne la pédagogie d'une véritable éducation à la coopération. Nous nous sommes rendus compte, en tant qu'adultes, que la coopération était un savoir faire qui demandait des compétences relationnelles que nous ne connaissions pas forcément. Nous avons vu que des outils coopératifs nous étaient indispensables pour bien travailler ensemble. Du coup nous avons décidé de les enseigner aux enfants afin qu'ils puissent une fois adulte les réutiliser. »

Isabelle Peloux, fondatrice de l'école du Colibris, les Amanins, à La Roche-sur-Grâne (26400)